« Le Manitoba ne répond plus »

J’ai d’abord eu une réaction instinctive au lancement en fanfare par la rédaction de Médiapart d’un appel aux dons pour payer un redressement fiscal, alors que cette même rédaction fait la sourde oreille à des demandes répétées de l’ouverture du dialogue sur les modalités de fonctionnement du Club ( http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-paul-bourges/051115/media-participation-financiere ). Mais, très vite après, j’ai posé une question à laquelle, une semaine plus tard, je n’ai toujours aucune réponse. Je l’ai, pourtant, posée dans le cadre de fils de discussion de certains billets et j’ai envoyé parallèlement un message privé à Edwy PLENEL afin que la question ne lui échappe pas dans l’abondance de ce qui s’est écrit sur ce sujet depuis le 5 novembre au matin.

Ce fonctionnement de notre journal participatif, m’a donc rappelé cet album d’HERGE « Le Manitoba ne répond plus ». Sans pousser trop loin l’analogie, rappelons-nous juste que des gangsters se sont emparé d’un bateau, le Manitoba, ont endormi tous ceux qui s’y trouvaient et ont volé aux passagers tous leurs biens … puis ont disparu avant que les passagers et l’équipage du Manitoba reprennent connaissance et renouent le contact radio avec la compagnie, une fois le vol constaté.

La reprise du contact entre le Manitoba et sa compagnie La reprise du contact entre le Manitoba et sa compagnie

C’est toujours inquiétant de constater que le Manitoba ne répond pas. Que s’est-il passé ? Le bateau a-t-il coulé ? A-t-il été détourné ? L’angoisse monte jusqu’à la reprise de contact.

Dans le cas de Médiapart, seules des déclarations d’autosatisfaction et des propos visant à transformer notre journal en victime d’obscurs complots … nécessitant une mobilisation immédiate, nous répondent.

Or je pose une question extrêmement simple pour des spécialistes fiscaux, ce que je ne suis pas. On nous a dit que les dons faits par les abonnés de Médiapart seraient déductibles, à hauteur de 66 % des impôts.

Il est vrai que l’article 19 de la loi du 17 avril 2015 a prévu la déductibilité des dons au profit de la presse en ligne, ce qui correspond au cas de Médiapart. Mais ce même article dit aussi que, pour bénéficier de la déductibilité «il ne doit exister aucun lien économique et financier, direct ou indirect, entre le donateur et le bénéficiaire ». Cela n’exclut-il pas les abonnés qui me semblent bien avoir « un lien économique et financier » avec le journal auquel ils sont abonnés ?

Est-il vraiment illégitime de poser cette question ?

Au-delà de cet aspect important sur le plan des principes et en terme de rigueur de la communication (Mais beaucoup de donateurs le font sûrement sans s’attacher à la déductibilité d’autant que la moyenne des dons n’est que de l’ordre de cinquante euros), il pourrait apparaître un peu saumâtre à Bercy d’être le financeur, à hauteur de 66 %, d’un redressement fiscal ! N’est-ce donc pas continuer à « jouer au petit soldat » contre le fisc, alors que l’une des forces de Médiapart réside dans ses dénonciations, tout à fait fondées, d’agissements similaires de certains hommes politiques (Rappelons-nous le « Sarkothon »).

Aurai-je enfin une réponse ?. J’avais envisagé de payer moi aussi environ cinquante euros. J’y renonce.

Jean-Paul BOURGÈS 12 novembre 2015

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