BEN BELLA et RAYMOND AUBRAC

Un demi-siècle … ou une éternité ?

En ce vendredi 13, l‘Algérie porte en terre celui qui fut son premier président, Ahmed BEN BELLA, tandis que, de son côté, la France honore Raymond AUBRAC que les autorités de « L’Etat Français » classaient aussi parmi les terroristes … avant de devenir, avec sa femme, une icône moderne.

Conçu peu de temps après cette funeste réunion de Caluire qui vit la capture de Jean MOULIN et l’arrestation de Raymond AUBRAC, je me suis éveillé à la chose politique en ce moment particulièrement dense qui va de la chute de Dien Bien Phu (D’où mon frère fut le dernier pilote à décoller avec son Dakota), jusqu’au soulèvement de Budapest, le détournement de l’avion où se trouvait BEN BELLA  et l’opération Franco-Anglaise sur Suez.

Fils et petit-fils d’officiers, ayant une partie de mes ancêtres enterrés en Algérie et au Maroc, amoureux de mon pays … mais pas au point de fermer les yeux sur ses fautes passées, j’ai le souvenir de ce mardi 20 mars 1962 où, arrivant dans mon hypo-taupe du Lycée Hoche de Versailles, j’ai serré dans mes bras comme des frères mes deux camarades Tunisiens … sous les regards désapprobateurs et presque haineux d’autres camarades qui affichaient leurs sympathies pour l’OAS et portaient le deuil en raison des accords d’Evian signés la veille.

Le hasard a fait disparaître simultanément Ahmed BEN BELLA et Raymond AUBRAC, qui furent, notons-le, frères d’armes puisqu’ils combattirent tous deux sous le drapeau Français contre les nazis.

En évoquant ces deux hommes, chacun ayant résisté contre ce qu’il jugeait injuste et tous deux vainqueurs, j’ai l’impression de me retourner vers un passé tellement lointain qu’il peut apparaître comme une éternité pour le plus grand nombre de nos concitoyens dont, à l’inverse des malades d’Alzheimer, la plus atteinte est la mémoire ancienne.

Mais je replonge aussitôt et derechef dans l’actuelle campagne présidentielle.

François HOLLANDE a rendu hommage à l’ancien président de la République Algérienne.

Nicolas SARKOZY, en dépit de tous les usages diplomatiques, n’a pas daigné se fendre d’un message minimaliste à l’intention, si ce n’est d’Ahmed BEN BELLA, tout au moins du peuple Algérien. C’est dire s’il est sous le contrôle moral (Je ne sais si ce qualificatif convient vraiment bien) de l’extrême droite qui lui dicte sa conduite.

C’est à l’indépendance d’esprit dans ces moments là qu’on juge un « Homme d’Etat » et l’état d’un homme.

L’un n’a pas pensé, d’abord, aux voix qu’il risquait de perdre … l’autre n’a pas perdu une si belle occasion de montrer le sens qu’il a de la voie de l’honneur.

Jean-Paul Bourgès 13 avril 2012

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