Jean-Paul Bourgès (avatar)

Jean-Paul Bourgès

Retraité actif

Abonné·e de Mediapart

1336 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 septembre 2013

Jean-Paul Bourgès (avatar)

Jean-Paul Bourgès

Retraité actif

Abonné·e de Mediapart

Dredi 13, dredi 13

Dans deux billets précédents j’ai raconté brièvement l’histoire de mes quatre grand-parents et de mes parents.Je n’avais pas dit grand-chose de la rencontre de ces derniers, mais la date d’aujourd’hui m’incite à ce rapide complément qui sera le dernier que je consacrerai à des événements familiaux anciens.

Jean-Paul Bourgès (avatar)

Jean-Paul Bourgès

Retraité actif

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans deux billets précédents j’ai raconté brièvement l’histoire de mes quatre grand-parents et de mes parents.

Je n’avais pas dit grand-chose de la rencontre de ces derniers, mais la date d’aujourd’hui m’incite à ce rapide complément qui sera le dernier que je consacrerai à des événements familiaux anciens.

A l’automne 1929, papa, Paul BOURGÈS, venait d’être affecté comme jeune lieutenant au 18e RI à Nancy.

Maman, Raymonde ALIZARD, vivait avec sa mère, son frère et sa jeune sœur (La jeune sœur en question fêtera son centième anniversaire en janvier 2014 …) à Champigneulles et elle enseignait à Pont à Mousson. Pour les raisons correspondant à ce que j’ai expliqué dans mon billet intitulé « Trois femmes », maman ne voulait surtout pas épouser un militaire, mais une de ses amies qui avait passé, comme elle, la période de la guerre à la Maison d’Education de la Légion d’Honneur à Saint Denis, tint à lui présenter ce jeune lieutenant. Pour limiter les préventions de maman à l’égard des militaires, elle lui avait dit « Tu verras, c’est un militaire atypique ».

Atypique, il l’était, mais en plus il était protestant tandis que maman était une paroissienne très convaincue … et, comme je l’ai expliqué, il fallut la shoah pour que maman perde la foi.

Ils se plurent très vite et papa fut même immédiatement très amoureux … et l’était encore lorsqu’il mourut soixante ans plus tard.

Lors de leur première rencontre, papa avait demandé à maman, « Seriez-vous la fille du capitaine ALIZARD, dont le nom est écrit en tête de la liste des officiers morts durant la guerre et devant laquelle je passe tous les jours ? » … elle l’était.

Quelques temps plus tard, ayant décidé de lier leurs vies, papa écrivit pour annoncer cette décision à ses parents qui vivaient à Tanger. Selon une habitude qui ne le quitta jamais, c’est par un petit poème, souvent fort humoristique, que papa annonça ces fiançailles, et la lettre qu’il écrivit en vers commençait par la phrase suivante :

C’est un vendredi treize, dredi treize, dredi treize, que les choses qui sont dites, sont dites.

Je sais juste que ses parents goûtèrent assez peu la légèreté dont il avait fait preuve pour annoncer cette décision, prise sans les consulter, alors que ma grand-mère souhaitait qu’il épouse une protestante et alors que maman avait fait savoir qu’elle voulait conserver son métier d’institutrice (Les affectations en des lieux différents eurent vite fait de lui faire abandonner cette décision).

Le curé de Champigneulles refusa de marier sa jeune paroissienne avec un protestant, et ils se marièrent à la paroisse Saint Léon de Nancy ... et à la sacristie, qui plus est. Papa y piqua une colère en affirmant au curé qui les mariait en lui faisant signer un engagement de ne pas tenter d'attirer ses enfants vers la religion réformée "En tout cas, sachez que je suis né protestant et que je mourrai protestant".

Voila ce qu’en ce vendredi 13, j’ai eu envie de vous raconter. Il n’est pas très étonnant que je puisse, parfois, être un peu fantaisiste, rigoureux à certains moments, provocateur à d’autres instants … mais, plus que tout, tolérant à toutes les tendances dès lors qu’elles s’expriment dans un esprit de respect des autres.

Jean-Paul Bourgès 13 septembre 2013

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.