Même si j'illustre souvent des billets en y faisant référence, je n’ai pas une adoration particulière pour HERGE, que certains amis dans notre Club ne portent pas dans leur cœur, en raison de son évident racisme et de son conservatisme, mais il traduisit bien certains événements historiques. Ainsi, dans « Le lotus bleu », il rendit assez bien compte de la situation de domination de la Chine par les puissances européennes qui se concrétisait par l’impossibilité pour les autorités chinoises de juger un ressortissant européen et l’abri que représentaient pour eux ces « concessions internationales » qui avaient un statut d’extraterritorialité.
Cette dépendance étrangère chez eux, imposée aux Chinois par la force, était le résultat d’une mise sous tutelle de l’Empire du Milieu par les vainqueurs de la seconde guerre de l’opium, dont le 13 octobre 1860 fut le sommet, puisqu’à cette date, la coalition franco-anglaise rentra à Pékin et imposa ses volontés à Xianfeng, alors Empereur de Chine.
Il est assez extraordinaire qu’un Empire de quatre-cent-cinquante millions d’habitants, où la poudre à canon avait été inventée et qui avait bâti la grande muraille de plus de six-mille kilomètres, ait été vaincu par une troupe anglo-française de l’ordre de six-mille soldats.
Presque quatre-vingt-dix ans après, Mao TSE TOUNG proclamait la création de la République Populaire de Chine en ayant repris le pouvoir sur l’ensemble de la Chine continentale et, aujourd’hui, moins de soixante-dix ans plus tard, qui oserait tout simplement faire la grimace à un dirigeant de la deuxième puissance économique mondiale ? La lâcheté de nos attitudes à l’égard du Dalaï-Lama traduit bien cette inversion des rapports de force, qui ont même conduit, récemment, le Pape François à renoncer au fait de recevoir ce chef religieux bouddhiste pour ne pas déplaire à Pékin.
Quelle leçon en tirer ? Oh !, pas grand-chose, juste l’idée qu’il n’existe aucun rapport de force géostratégique installé pour toujours, ni même pour bien longtemps.
L’époque des empires millénaires comme en connurent l’Egypte, Rome et, surtout, la Chine est bien révolue … l’horloge de l’Histoire tourne de plus en plus vite ... comme un ventilateur.
Jean-Paul BOURGÈS 13 octobre 2015