Lecture intéressante d'une profession de foi

Que c’est frustrant de ne plus savoir lire vite … à mon âge

Je viens de recevoir la traditionnelle enveloppe … pas celle préparée par Mamie Zinzin … mais celle qui nous apporte rituellement les « professions de foi » des candidats à l’élection présidentielle.

Situé sur le dessus, j’ai d’abord pris connaissance d’un quatre pages du candidat qui nous propose « Une France forte » … ce qui suggère d’ailleurs que le président-sortant … ça ne peut pas être le même … laissera une « France affaiblie » à son successeur.

J’y ai cherché la trace des dernières propositions de l’actuel locataire de l’Elysée en réajustant plusieurs fois mes besicles et en pestant sur les ravages de l’âge qui ralentissent ma capacité de lecture. Je cherchais, je cherchais … mais qu’ai-je trouvé ? J’ai pris connaissance d’une avalanche de propos vagues et généraux, à défaut d’être généreux. Pas une seule porte ouverte n’a échappé aux coups de boutoir de notre athlète de  salon.

La France et son unité … quel fabuliste disait déjà « l’union fait la force » ? Chapeau au roi de la division !

La France et la protection contre ceux qui pourraient vouloir nous détruire en pénétrant chez nous. Là on monte d’un cran. Qui n’a pas compris que ceux qui viennent s’installer en France en fuyant la misère, l’oppression ou même  la torture … y viennent pour réinstaller aussitôt ce qu’ils ont fui au risque, bien souvent, de leur vie ? On aborderait là aux rives de l’odieux, si ce n’était d’une sottise sans limite.

La France et son identité. Le flop monumental du putride débat sur l’identité nationale, conduit par le félon Eric BESSON, n’a donc pas suffi. On ose reprendre ce thème en oubliant que le premier qui ne réussirait pas un test de maîtrise de la langue se trouve pour quelques jours encore à l’Elysée.

Toujours sur ce thème, décidément le seul qui compte pour dériver les voix du Front National, on apprend que la France doit maîtriser l’immigration en la divisant par deux … pourquoi pas par dix comme le demande le Front National ?

Fort justement on nous rappelle alors l’importance de l’autorité. Quelle joie de voir reparaître le professeur en lieu et place du prêtre qui l’avait évincé dans le discours de Latran … de qui se moque-t-on ?

Arrive la responsabilité, qui sert de paravent au discours minable sur « l’assistanat ». Heureusement, à cette occasion, les exilés fiscaux et les fraudeurs de haut-vol … pauvre mamie Zinzin dont il n’a pas pitié … doivent trembler en leurs chaumières dorées car l’ange exterminateur les voue à l’enfer.

La chute, l’épilogue, le point d’orgue … excusez-moi, je cherche mes maux … pardon mes mots, c’est la protection du travail. Bien sûr la protection du travail passe par l’accroissement des charges sur les travailleurs … qui sont ceux qui supportent proportionnellement le plus de TVA.

Là, épuisé, j’ai eu du mal à tourner la page. Au prix d’un véritable effort je l’ai fait cependant.

Je n’y ai retrouvé que des redites … et, nettoyant mes lunettes que l’émotion avait embuées, j’ai continué à chercher, chercher, chercher … sans trouver la réduction du coût du permis de conduire, le recul de sept cent vingt deux jours du versement des retraites … et quelques autres mauvaises plaisanteries de ces derniers jours, achevées dans une main aux fesses des harkis en refaisant la promesse non tenue de 2007 consistant à réparer l’injustice qui leur fut faite (Un petit conseil : surtout il ne faut rien faire … ça permet de resservir le même boniment tous les cinq ans … c’est comme la pile WONDER, ça ne s’use que si l’on s’en sert).

Finalement je suis arrivé à l’essentiel, lorsqu’un certain Nicolas SARKOZY me demande de l’aider. J’ai cherché à quoi il me demandait vraiment de l’aider et, après de longues recherches, je crois avoir fini par trouver : il voudrait, semble-t-il, continuer à bénéficier du statut constitutionnel qui fait qu’il n’est pas un justiciable comme les autres. J’ai fini par comprendre … pourquoi ne pas me le dire tout de suite … imaginez ce que j’aurais pu faire dans l’urne, si je n’avais pas compris qu’il ne s’agissait que de cela.

Jean-Paul Bourgès 14 avril 2012

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