Le vote des Rhénans

Les Rhénans ne lui ont-ils pas dit : « Va te faire voir chez les Grecs » ?Hier les élections régionales de Rhénanie-Nord-Westphalie ont été sévères pour Angela MERKEL, tandis que, pendant le même temps, les Grecs cherchent difficilement une solution politique.

Les Rhénans ne lui ont-ils pas dit : « Va te faire voir chez les Grecs » ?

Hier les élections régionales de Rhénanie-Nord-Westphalie ont été sévères pour Angela MERKEL, tandis que, pendant le même temps, les Grecs cherchent difficilement une solution politique. En ce lundi matin il paraît difficile d’éviter un retour aux urnes des Grecs, avec pour conséquence un accroissement de la probabilité de sortie de la zone euro pour la Grèce … quel gâchis!

Chacun a compris … il faudrait vraiment être particulièrement bouché pour qu’il n’en soit pas ainsi … que la fuite en avant économique doit cesser. Et il n’est pas nécessaire de disposer d’une culture économique très poussée pour le comprendre.

Mais est-il possible, pour autant, d’oublier le contexte qui causa la plus épouvantable tragédie de l’Histoire, non seulement du continent européen, mais probablement du monde entier, que fut le nazisme et son œuvre de destruction d’un peuple. Rappelons-nous, toujours, que toutes nos valeurs ont failli sombrer dans ce cataclysme.

Précipiter les peuples d’Europe dans la misère, en imaginant que cela rétablirait les finances publiques de nos pays, c’est certainement économiquement erroné, mais c’est, surtout, aussi irresponsable que le fait d’avoir poussé vers le désespoir les Allemands par l’imposition de « dommages de guerre » déraisonnables à la suite de la première guerre mondiale. Ce qui a pu, fort naïvement, sembler légitime aux vainqueurs de 1918, a abouti aux convulsions internes de l’Allemagne, que la crise de 1929 a transformées en escalator pour Adolf HITLER.

Rabaisser sans cesse le peuple Grec, l’humilier au motif que nous avons dû, tous, prendre à notre charge une part de ses dettes devenues irrécouvrables, c’est rééditer une monumentale erreur politique. Certes, en 1918, on voulait punir l’Allemagne de sa volonté hégémonique et le petit-fils d’un de ces capitaines morts au front en pantalon garance, dès 1914, que je suis, n’oublie rien. Mais ceux qui assassinèrent JAURÈS et son combat pour sauver la paix, n’avaient-ils pas, eux aussi, une lourde responsabilité dans la boucherie de cette première guerre mondiale ?

Aujourd’hui il faut que se fassent entendre ceux qui n’imaginent pas l’Europe autrement qu’unie et en paix avec le reste du monde. Dans cet esprit, il faut que nous rejetions toutes les démarches politiques qui suggèrent qu’une partie de l’Europe peut vivre sans une autre partie de notre vieux continent.

C’est comme ça que je comprends le vote émis par les électeurs de Rhénanie-Nord-Westphalie. Ils n’ont rien dit de violent à Angela MERKEL, ils l’ont juste invitée à regarder ce qui se passe en Grèce … en lui disant qu’ils ne veulent pas de sa rigueur aveugle qui, en Allemagne, se traduit par de sérieuses régressions sociales … Et, pourtant, ce que subissent les Allemands n’est que fleurette à côté de ce qu’on a voulu imposer aux Grec, en les empêchant même de se prononcer par référendum. A l'absence de référendum dans les urnes, a répondu le référendum de la rue. Espérons que cela fera réfléchir Angela MERKEL et faisons confiance au Président François HOLLANDE qui est chargé de l’aider à quitter le registre du diktat solitaire pour retrouver celui du dialogue solidaire.

Le chemin entre rigueur budgétaire et récession est bien difficile à trouver. Mais c’est à cette capacité de marcher sur le fil en gardant l’équilibre jusqu’au bout du fil, que l’on jugera le talent des gouvernants européens dans les prochaines années.

Jean-Paul Bourgès 14 mai 2012

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