Faisons un peu d’électricité

Je n’ai pas l’habitude de traiter de questions scientifiques ou techniques dans mes billets qui tournent principalement autour de questions politiques et sociétales. Mais, aujourd’hui c’est l’actualité politique qui me rappelle qu’il y a cinquante ans je me préparais à être un ingénieur.

Eh oui, je suis ingénieur Supélec et, je vous prie de m’en excuser, mais je vais vous infliger un petit cours d’électricité.

Si l’on pense qu’un circuit électrique ne devrait pas supporter un courant supérieur à quatre ampères, en tenant compte d’une petite marge, on met dans ce circuit un fusible de cinq ampères. Si, en raison d’une cause quelconque, le courant passant dans le circuit dépasse cinq ampères durant quelques secondes, le fusible se met à chauffer en raison de « l’effet Joule », puis il fond … et, le courant ne pouvant plus passer, les risques éventuels de dégradation des éléments se trouvant sur le circuit sont supprimés. Le fusible protège en étant un efficace coupe-circuit.

Beaucoup d’entre vous savaient ça. Ils attendent la suite du billet en se demandant ce qui me prend. Ils peuvent toujours se dire que j’ai disjoncté … ce qui correspondrait à une surtension … que l’actualité politique pourrait provoquer à peu près chaque jour dans un esprit normal.

Pour ceux qui ne savaient pas comment fonctionne un fusible, je suis heureux de leur avoir permis d’accroître leurs connaissances … mais, maintenant, comme les premiers, ils peuvent oublier la technique pour en venir à la politique.

Depuis quelques temps le courant s’élève manifestement au-dessus de ce que le « clan SARKOZY » avait prévu comme limite supérieure à ne pas dépasser.

Les juges d’instruction, sans recourir pour autant à la « gégène » dont certains savent la « vertu » propice aux bavardages, entendent un nombre croissant de personnes ayant occupé des fonctions importantes au cours des dix ans qui séparèrent la défaite de Lionel JOSPIN de celle de Nicolas SARKOZY. Cette décennie fut celle où la France devint le terrain de jeux de ceux qui s’étaient si impudemment réjoui au Fouquet’s de l’élection de leur larbin … qu’ils ne daignaient pas saluer quand ils fréquentaient, quarante ans plus tôt, les mêmes bancs d’école à Neuilly-sur-Seine.

Au fur et à mesure que les auditions se succèdent … et on n’en est qu’aux amuse-gueule des tapinades, les verrous qui protégeaient le patron sautent et certains se mettent à parler (Dans un certain milieu, on l’appellerait « le parrain »). L’omerta ne fonctionne que tant que la peur règne. Dès que la peur s’éloigne, chacun ne cherche plus qu’à sauver sa peau.

Alors, voici que l’ancien hôte de l’Elysée sent bien que le boulet du canon se rapproche et, sans être ingénieur Supélec, il se résigne au recours aux fusibles.

Mais là où on peut comprendre qu’il a vraiment « chaud aux fesses », c’est quand on prend connaissance de ce qu’il a déclaré, « off the record », aux journalistes d’Europe 1.

Pour l’affaire Tapie, c’est Claude GUÉANT qui a tout manigancé … sans le consulter !

C’est pas bien, ça, Monsieur GUÉANT ! Et c’est même étonnant quand on sait que vos deux bureaux étaient contigus. Faire des cachotteries à son patron, c’est même très mal ! Mais, ne vous inquiétez pas, vous serez fait Grand Croix de l’ordre des Fusibles … lors de la prochaine promotion dans cet ordre si républicain et envié.

Mon âme d’électricien s’incline respectueusement devant un si beau fusible. Vous êtes vraiment un très grand Ohm !

Jean-Paul Bourgès 14 juin 2013

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