Le « Père DUBONSENS », paysan ardéchois de son état, avait un tracteur tout neuf dont il se servait pour labourer ses champs. Un voisin lui dit qu’il aimerait le lui louer pour ses propres travaux.
Après s’être longuement gratté l’occiput, le « Père DUBONSENS » entama une longue réflexion pour déterminer le prix à fixer :
- il calcula l’amortissement du tracteur, qui, rapporté à l’heure de location, le fit aboutir à une contribution minimum de 10 €/h (Il faut pouvoir rembourser le prêt du Crédit Agricole),
- il ajouta l’évaluation de l’entretien et de l’assurance, se montant à 3 €/h,
- il pensa qu’il devrait fournir l’huile et considéra préférable que le carburant, réglementaire et détaxé, provienne de ses cuves, à raison de 15 €/h.
Il arriva, comme vous sûrement, à un total de 28 €/h, qu’il jugea normal de majorer d’une marge « honnête » de 33 %, ce qui donna un prix de location horaire de 37,25 €/h, que, juste pour simplifier les comptes, il arrondit à 40 €/h. Mais, arrivé à ce stade de sa réflexion, et après s’être soigneusement gratté le dessus du crâne puis y avoir précautionneusement reposé sa casquette avec le sentiment d’avoir oublié quelque chose, il se rendit compte que, pendant que son voisin utiliserait son tracteur, il en serait lui-même privé.
Il comprit soudain qu’il allait subir un manque à gagner en ne pouvant pas utiliser son tracteur. Ayant le goût des raisonnements pragmatiques, il estima que ce manque à gagner était lui aussi de 40 €/h. Comme il n’y avait aucune raison qu’il en soit de sa poche, il ajouta donc ce « manque à gagner » au montant initialement calculé et fixa donc à 80 €/h le prix d’ami qu’il demanderait à son voisin.
Mon séjour à la campagne m’a remis en mémoire ce petit cours d’économie rurale après avoir lu un article sur le « coût du non-travail » dans « Marianne ». Si vous en avez l’occasion lisez ou relisez cet article en pensant à la petite histoire ci-dessus et vous trouverez beaucoup de similitude.
Si l’on n’indemnisait pas les chômeurs, il n’y aurait plus à lever de cotisations sociales (Patronales et salariales) destinées à cette indemnisation. Allégés de ces charges, les patrons embaucheraient bien évidemment et les salariés ainsi embauchés paieraient des impôts et dépenseraient ce qu’ils n’auraient pas eu à payer en cotisations, alimentant ainsi le budget de l’Etat grâce à la TVA payée sur leurs achats.
C’est-y pas simple l’économie politique ?
Qu’attend-on pour virer Pierre MOSCOVICI et Michel SAPIN, en mettant à Bercy le « Père DUBONSENS ».
J’avais envie de m’arrêter à cette innocente moquerie. Mais c’est quand-même beaucoup plus grave que ça, car tous ces discours ne visent qu’à une chose : poursuivre la révolution ultra-libérale et la réduction maximale de tout ce qui a un parfum de collectif. Le grand mot, que l’on entendit tant durant le sarkozysme en particulier c’est « être pragmatique ».
Mais je suis justement pragmatique. Ça n’a jamais si mal marché que depuis qu’on a privatisé à tout va et fait reculer partout le champ d’intervention du public au profit des intérêts privés. Alors, au nom du pragmatisme, et sans dogmatisme aucun, ne peut-on pas arrêter de foncer de plus en plus vite dans le mur ? Ah, excusez-moi, voila qu’à mon tour je raisonnais comme le « Père DUBONSENS ».
Jean-Paul Bourgès 14 août 2013