Au cœur de Lyon, entassés sous des tentes posées sous l’autoroute, juste à l’endroit où, ayant franchi le tunnel de Fourvière, cette voie va désormais mériter son nom « d'autoroute du soleil », un nombre significatif de Roms, hommes, femmes et enfants, attendent là qu’une autorité statue sur leur sort … qui sera, probablement, de les « inviter » à accomplir le voyage de retour. Au-dessus d’eux, ignorant ce que l’épaisseur du béton leur cache, tout l’été, les vacanciers roulèrent vers leurs lieux de vacances, et, désormais, rentrent bronzés vers Paris, illustrant ainsi ce parallélisme des vies qui ne se rencontreront jamais.
Pour ces centaines de milliers de Français, qui pourtant ne les ont pas vus, la situation des quinze mille Roms qui sont chez nous, un pour quatre mille quatre cent Français ... , est un problème si important que des hommes politiques fondent leur notoriété et la légitimité de leurs ambitions élyséennes sur le fait de se montrer plus dur que dur à ce sujet … car ça plait au plus grand nombre.
Au loin et pourtant si près, à l’extrémité orientale du bassin méditerranéen, un petit pays d’une superficie équivalente à deux départements français, le Liban, accueille des réfugiés syriens en masse. Depuis l’éclatement de la guerre civile en Syrie, le Liban a vu sa population s’accroître de vingt pour cent, soit une fois et demi la population de Lyon … et, pendant ce temps nous barguignons pour savoir si nous ne pourrions pas accueillir quelques Syriens de plus, par exemple des « bi-nationaux » ou des Syriens ayant de réelles attaches avec la France … si, si, il en existe encore !
Pendant ce temps, enfin, la sonde « Voyager-1 » continue son exploration de l’espace commencée en 1977 et elle est en train de quitter le système solaire en échappant à l’attraction du soleil … dans un voyage sans retour qui devrait l’amener à « proximité » de l’étoile «Alpha du Centaure» dans environ quarante mille ans, soit plus de deux fois le temps qui nous sépare des artistes qui peignirent Lascaux !
En pensant à ces diverses informations, qui se reliaient pour moi au travers du temps et l'espace, je me disais que d’autres voyages, sont aussi parfois des « voyages sans retour » comme pour ceux qui, voulant rejoindre Lampedusa ou les Canaries, se noient en fuyant une vie qui ne leur semble plus mériter d’être vécue. Ceux-là n’ont pas échappé à l’attraction solaire, mais bien à l’attraction humaine de ces cœurs secs qui nous font détourner les yeux de nos semblables, en préférant les porter aux confins du système solaire.
Jean-Paul Bourgès 14 septembre 2013