Mardi soir j’ai fait un rapide aller-retour entre Lyon et la Haute-Ardèche, afin d’être présent à Saint Agrève lors de la présentation que le maire de cette commune a faite à la population des conclusions auxquelles nous sommes arrivés sur la question des ordures ménagères.
J’ai évoqué plusieurs fois les dysfonctionnements de notre « système démocratique » qui se sont manifestées à cette occasion et j’ai expliqué le rôle positif que le maire de Saint Agrève a joué pour obtenir l’ouverture d’un réel dialogue entre les forces en présence.
Je n’ai pas l’intention aujourd’hui de revenir sur les détails, ni de la procédure qui fut suivie, ni du comportement des différents acteurs, ni des premiers résultats obtenus et des étapes ultérieures qui pourraient suivre si chacun manifeste la volonté de poursuivre sur le terrain de la concertation plutôt que sur celui de la confrontation. Je veux juste rapporter un moment de la réunion publique de mardi, qui m’apparaît fort révélateur du climat politique général.
La réforme que le Syndicat Intercommunal (SICTOM entre Monts et Vallées) avait imaginée comportait la mise en place d’une « Redevance Incitative », présentée comme une conséquence du « Grenelle de l‘Environnement ». Cette redevance, si elle avait été appliquée, aurait abouti à substituer à une taxe (La TEOM, Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères, qui, à Saint Agrève est de 11 % de la taxe foncière), une redevance basée sur le nombre de fois que l’usager sort sa poubelle pour que le service d’enlèvement la vide.
On comprend bien, dès lors, que ce système aurait énormément avantagé les gros propriétaires fonciers au détriment des plus modestes et, en particulier, des familles qui ont besoin de faire vider fréquemment leur poubelle, sans être, pour autant, propriétaires de biens importants.
Dans le cadre de la concertation qui fut conduite, le maire de Saint Agrève et le président de la communauté de communes du Haut-Vivarais ont refusé la logique choisie par le SICTOM et ils ont indiqué leur intention de garder l’ancien mode de taxation à hauteur de 85 % de sa valeur actuelle et de n’introduire un élément variable fonction des volumes d’ordures qu’à hauteur de 15 %., puisque c’est une obligation résultant du Grenelle de l’Environnement (Comme l’écotaxe !).
A la suite de l’exposé très complet et transparent du maire pour expliquer l’ensemble des orientations retenues, la parole fut donnée à la salle … qui était d’ailleurs archi-pleine. Un Monsieur a alors pris la parole pour entonner la chanson à la mode sur le « ras le bol fiscal » et exprimer son désaccord avec tout ce qui correspond à une taxe. Pour émouvoir la salle, il a indiqué sur un ton indigné qu’il payait 700 € de TEOM et cela lui valut de bruyants applaudissements. Combien de participants avaient compris que cela signifiait qu’il payait une taxe foncière de plus de 6.000 € et qu’il était donc propriétaire d’une superbe propriété ? Il faisait partie de ceux au profit desquels la réforme avait été imaginée par le SICTOM … mais cela ne l’a pas empêché de « faire pleurer dans les chaumières ».
N’est-ce pas l’illustration de ce que nous observons un peu partout en France actuellement, où les plus favorisés sont en train de réussir à faire défendre leurs intérêts par les plus modestes ?
Le populisme, ça n’est pas la « défense du peuple », c’est l’utilisation du peuple contre lui-même. C’est la forme la plus basique, mais aussi la plus élaborée, du recours à « la chair à canon social ».
La plus grande faillite de l’équipe au pouvoir, qui aligne les revers avec plus de force qu'un champion à Roland Garros, c’est d’avoir été incapable d’éviter que les ouvriers menacés de licenciement agissent, bonnet rouge sur la tête, à l’instigation des patrons des entreprises qui sont derrière leurs licenciements. En psychologie, il me semble qu’on parle de relation sado-maso.
Jean-Paul Bourgès 14 novembre 2013