J’ai passé l’après-midi à Saint Pal de Mons, paisible bourgade de Haute-Loire. Paisible, elle l’est aujourd’hui, mais il y a quatre-cent-cinquante ans elle fut un lieu où se déchaîna la brutalité et la perfidie, puisque les Protestants qui la peuplaient, après s’être rendus à l’armée catholique contre la promesse d’avoir la vie sauve, furent tous passés au fil de l’épée et les têtes des chefs furent promenées à la pointe des piques. O tempora o mores ! Notre indignation du jour a de vieilles sources.
«L’ART SEME », de Lisa GIMENEZ, y présentait un spectacle intitulé « TSAMI, au fil de la vie »
http://lisagimenez.com/lart-seme
Avant le début du spectacle, un élu de Saint Pal de Mons, Jean-François CONVERS, fit observer une minute de silence et indiqua que le maintien du spectacle marquait aussi la volonté municipale de montrer que la culture l’emporte sur la violence.
Alternant textes lus par les danseurs-comédiens (Colette GOUPIL, écrivain, est l’auteur des textes), chorégraphie, projections et auditions de témoignages de personnes ayant travaillé dans les entreprises de tissage qui firent la prospérité de ce gros village, le spectacle nous replongea dans cette époque, presqu’entièrement révolue, où dans de nombreuses fermes l’activité d’élevage était complétée par l’existence d’une machine à tisser ou par le travail d’un ou plusieurs membres de la famille, principalement les femmes, dans une des entreprises où se fabriquait une grosse partie de la passementerie de l’ensemble de notre pays.
Préparé par une exposition mêlée aux rayons des livres à la médiathèque, le spectacle s’est déroulé dans une grande salle au-dessus. Les spectateurs étaient assis devant des tables garnies de bobines de fils et les acteurs-danseurs évoluèrent donc entre ces tables, nous donnant ainsi puissamment le sentiment d’être dans les fabriques dont nous entendions souvent le cliquetis tandis que des images de machines complétaient cette immersion.
Des séquences montraient, par exemple, l’arrivée de jeunes-femmes venant s’embaucher à Saint Pal de Mons dans les fabriques où on leur expliquait aussitôt plus leurs devoirs que leurs droits. Comment regarder cela sans penser à ceux qui viennent désormais d’au-delà des mers en espérant trouver du travail … et qui constatent d’abord qu’ils n’ont même pas droit au respect.
Mais ne croyez surtout pas que le spectacle soit lourdement didactique et soporifique. Il est, au fond grave, et pourtant léger et gai dans la forme avec des moments où les spectateurs sont invités à danser avec les artistes, ou entre eux, au son de l’accordéon de Jean-Marc MOULANGER jouant ces musiques du XIXème ou du XXème siècle comme « Les amants de Saint Jean » ou « A Paname » sur lesquelles se formaient les couples lorsque Saint Pal de Mons était une bourgade industrieuse. Du bal musette, de la bourrée, jusqu’au twist que dansaient les derniers ouvriers et ouvrières des années soixante-dix … ce sont donc toutes les étapes de la vie de ce territoire qui nous ont été offertes par une troupe respirant la joie de vivre (L’une des danseuses, en fin de spectacle, s’assit sur une chaise afin d’y donner le sein à son bébé … quoi de plus au cœur de la vie et de l’amour ?).
Une grande farandole termina le spectacle en y mêlant les artistes et les spectateurs.
Ils se produisent encore demain, dimanche, à Saint Pal de Mons … si vous êtes dans le coin, allez-y, cela vous changera les esprits. Si vous les ratez, dans quelques-mois ils se produiront au Puy. Ils mériteraient plus qu’un succès d’estime, c’est remarquable.
Jean-Paul BOURGÈS 14 novembre 2015