Au risque d’énerver ceux ou celles qui n’appécient guère que je parte d’un souvenir personnel pour écrire un billet, c’est pourtant avec « Vol 714 pour Sydney » d’HERGÉ que je voudrais décoler aujourd’hui.
L’objectif n’est pas de partir de mes lectures de jeunesse dans une auto-célébration de mon immodeste personne, mais de rapprocher, comme certains l’ont déjà fait, le mystère qui entoure la disparition du vol MH370 de l’avant-dernier récit des aventures de Tintin. Vous vous doutez certainement que ça n’est pas de Tintin que j’ai, en réalité, envie de parler aujourd’hui.
A l’approche d’élections importantes, quoique simplement municipales, j’ai juste envie de rappeler quelques vols de gerfauts hors du charnier natal … qui se traduisirent par une évaporation en plein vol.
A la fin des années soixante, autopropulsé sur une rampe de lancement médiatique, on eut JJSS à qui rien ne semblait pouvoir résister … et qui ne passa que treize jours à la tête d’un « ministère des réformes » parce qu’il n’avait pas compris qu’un ministre fait d’abord partie d’une équipe avant d’imaginer que c’est lui le chef d’équipe … on n’entendit plus jamais parler de lui en politique !
A la fin des années soixante dix un autre personnage, qui avait pourtant traversé lentement le ciel politique national avec le statut permanent de presque futur Premier ministre … disparut mystérieusement, le 30 octobre 1979, à proximité des étangs de Hollande (Etait-ce un funeste présage ?) en forêt de Rambouillet. Il s’appelait Robert BOULIN et, trente cinq ans plus tard, sa mort reste un mystère.
En 1984, toujours plus fort, ce sont quatre ministres, volant pourtant en formation raprochée, qui disparurent à jamais en quelques heures des écrans radar de la politique française … vous souvenez-vous-même de leurs visages, des départements ministériels qu’ils avaient en charge, de ce qu’il firent ? Ils s’appelaient Charles FITERMAN, Anicet LE PORS, Jack RALITE et Marcel RIGOUT. Pschitt … évaporés !
Plus proche de nous, il y a celui qui tenta tellement de ravir la première place à François MITTERRAND que ce vieux renard jugea plus prudent de l’user patiemment en l’emprisonnant à Matigon. Michel ROCARD passa lentement mais sûrement de jeune-premier candidatant à la présidence de la République, il y a quarante quatre ans, à envoyé spécial de Nicolas SARKOZY dans les glaces de l’Arctique et de l’Antarctique afin de vérifier s’il peut se mesurer aux empereurs ou s’il n’est vraiment qu’un manchot.
Dans cette rapide galerie de portraits un individu ressort cependant par contraste. C’est le seul homme politique dont toute la communauté nationale aura certainement prononcé l’éloge funèbre deux fois à plus de quinze ans d’intervalle et avec des trémolos d’émotion non feinte dans la voix. La première fois ce fut le 2 septembre 1998, la deuxième fois n’est pas encore connue car il n’y a aucune raison de lui vouloir du mal. Cet individu exceptionnel est le seul homme politique à avoir ressuscité … et pas uniquement pour quelques semaines ! Il s’agit bien sûr de Jean-Pierre CHEVÈNEMENT.
Ces quelques exemples montrent que la vie politique peut rivaliser avec les choses les plus étonnantes et qu’en matière de disparition inexpliquée ou de réapparition incroyable l’aviation n’est pas la plus surprenante.
Jean-Paul Bourgès 15 mars 2014