Les révélations progressives sur le fonctionnement occulte du sarkozysme, font apparaître le rôle d’un drôle d’animal de nature hybride, moitié politique et moitié technocrate, mais au pouvoir si considérable qu’on apprend, à cette occasion, que Nicolas le flamboyant, le tonitruant, le bling-blingant … n’était que le collaborateur docile et rampant de l’un de ces êtres étranges.
De qui suis-je donc en train de parler ? Mais des Dircabs, bien sûr.
Toute la corruption des dernières années leur est due, foi de SARKOZY. J’ironisais hier sur la trouille qui avait dû s’emparer de Nicolas SARKOZY pour qu’il utilise Claude GUÉANT comme dernier fusible. Ma comparaison entre les lois de la vie politique et les lois de l’électricité n’ont pas convaincu certains lecteurs. Cela m’a conduit à repenser au rôle joué par ces fameux Dircabs et je voudrais, aujourd’hui vous faire part de quelques réflexions à ce sujet. Leur position, leur mode de recrutement, leur fonction dans la « machine gouvernementale » n’ont pas été inventés au temps du sarkozysme. Il me semble juste que certains traits ont été portés à un degré extrême et je n’ai pas souvenir qu’on ait entendu précédemment : « C’est pas moi, c’est mon Dircab … qui l’a fait ! ».
Qu’est-ce donc qu’un Directeur de Cabinet ? C’est quelqu’un qui ne s’est pas confronté à une concurrence politique en se présentant à des élections. C’est quelqu’un qui est généralement passé par les plus grandes écoles, où, souvent, il a connu l’homme politique qui l’appellera ensuite auprès de lui. C’est quelqu’un qui aime disposer d’un énorme pouvoir sans admettre un quelconque contre-pouvoir. Le Dircab, choisi et nommé par le responsable politique sans intervention d’une instance démocratique pour valider ce choix, donne à cette fonction un caractère opaque et propice au développement d’un comportement mafieux. Il est l’ombre du politique et il conduit fréquemment une politique de l’ombre.
Souvent le Dircab est quelqu’un qui a occupé une fonction de cadre dans l’équipe dirigeante d’une grande entreprise ou d’une administration. Participant, le soir, à des réunions politiques ou à des « clubs de réflexion », il a su se faire repérer par un leader politique qui s’est, ainsi, constitué un cheptel d’hommes-liges qu’il utilisera au moment où il faudra fournir à chaque ministre le Dircab dont il a besoin.
Dircab n’est pas un poste qu’on occupe très longtemps car les plus malins se débrouillent pour passer vite à la responsabilité suprême d’un grand groupe du monde économique. Un Dircab qui a réussi, est un individu qui devient PDG d’une entreprise où l’épaisseur du carnet d’adresses qu’il s’est constitué lorsqu’il était Dircab définit sa valeur marchande, qui se mesure à sa capacité à contourner les règles du marché, dont, par ailleurs, il se fera le chantre dans de grandes messes attrape-gogos ou en ayant publié un livre à diffusion confidentielle, mais dont la lecture sera recommandée aux étudiants de Sciences-Po.
Vous l’avez compris, le Dircab est un individu particulièrement dangereux, comme ce pauvre Nicolas SARKOZY et cette charmante Christine LAGARDE sont en train d’en faire la douloureuse expérience.
Pour prendre la mesure de la dangerosité des Dircabs, rendons-nous compte, par exemple, que l’ancien Dircab de Nicolas SARKOZY, devenu Secrétaire Général de l’Elysée (C'est le titre du Dircab du Président de la République), osait recevoir Bernard TAPIE dans son bureau en compagnie de Stéphane RICHARD, Dircab de Christine LAGARDE pour mettre au point le fameux arrangement qui devait ensuite sortir d’un « Tribunal arbitral » … sans que Nicolas SARKOZY et Christine LAGARDE en soient informés ! Quelle rouerie ! Quel sens de la dissimulation !
Qu’on nous prenne tous pour des benêts n’a rien de très nouveau. Mais pourquoi admettons-nous que quelqu’un jouant un rôle si important ne soit soumis à aucune validation préalable par une instance politique élue et que les Dircabs ne soient contrôlés par personne ? Pourquoi admet-on que les collaborateurs du Ministre ne soient pas pris parmi les fonctionnaires de son ministère ?
Nous avons fabriqué les conditions d’un fonctionnement mafieux, pourquoi nous étonnons-nous que ça débouche sur des horreurs ? Est-ce traité dans le projet de moralisation de la vie politique ? Il me semble bien qu'aucun Dircab n'en a fait la suggestion.
Jean-Paul Bourgès 15 juin 2013