En complément des différents billets que j’ai consacrés aux trois cents demandeurs d’asile Albanais qui séjournent depuis plusieurs mois sous l’autoroute à Lyon-Perrache, je veux évoquer aujourd’hui le comportement du principal journal de Lyon, « Le Progrès », à propos de cette affaire.
Le 14 novembre, titrer « Lyon. Les sans-abri du pont Kitchener expulsés en début de semaine prochaine », ça n’est pas neutre. Or le juge Gérard GAUCHER n’a pas donné son accord à une « expulsion », peut-on d’ailleurs expulser quelqu’un qui n’a pas d’abri ? Non le juge a imposé au préfet d’offrir à trois cents demandeurs d’asile un lieu d’accueil plus digne que ce dessous d’autoroute qui était une honte, non pas pour les Albanais, mais pour notre ville.
Edouard HERRIOT disait « La politique c’est comme l’andouillette, ça doit sentir un peu la merde … mais pas trop ! ».
Que sont donc ces médias qui, cédant à l’ambiance du moment, oublient que les demandeurs d’asile doivent, constitutionnellement, être accueillis et protégés ?
Seraient-ils comme l’andouillette mal préparée …. où la merde apporte bien plus qu’un petit fumet indicible ?
Plutôt que de céder au démagogique, serait-ce trop attendre de cet ex-grand journal de Lyon que d’espérer un véritable article de fond sur l’asile politique, qui honore les pays qui le respectent ?
J’aurais aimé lire qu’un demandeur d’asile, dès lors qu’il lui a été reconnu ce statut dont l’issue est confiée à une autorité publique qui enquête sérieusement avant de conclure, se voit accorder la protection et des moyens lui permettant de vivre décemment. Nous avons, d’ailleurs, des lieux créés dans le but de loger des demandeurs d’asile, ce sont les CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) mais ils sont bien loin d’avoir la capacité suffisante pour accueillir les 76.000 personnes qui, en 2011, ont demandé à bénéficier de l’asile en France dont seulement 10.000 ont vu leur demande acceptée avec l’attribution du statut de réfugié.
Si l’on faisait cette pédagogie, si l’on rappelait ce qu’est l’honneur d’un pays, on n’aurait peut-être pas la réaction qu’envoya, sous un pseudonyme bien sûr, un lecteur du Progrès qui écrivit : « C'est incroyable, qu'en France, l'état soit dans l'obligation de fournir un abri aux demandeurs d'asile alors qu'on laisse les sans abris dehors ». Que regrettait-il ce brave citoyen ? Qu’il y ait des sans-abris ?… auquel cas je le félicite de sa réaction. Il me semble, hélas, qu’il déplorait que notre Etat ait des obligations à l’égard des demandeurs d’asile.
A-t-il seulement conscience que bon nombre de demandeurs d’asile sont des hommes et des femmes victimes des agissements de gouvernements que nous Européens et plus particulièrement, nous, Français, avons soutenus ?
Ce sont, hélas, souvent nos propres turpitudes nationales qui nous reviennent ainsi à la figure. Notre accueil n’est qu’une bien piètre compensation à ce que nous avons laissé commettre.
C’est ça que j’aimerais lire dans un journal comme Le Progrès, s’il était fidèle à son ancien comportement d’opposant au nazisme.
Jean-Paul Bourgès 15 novembre 2013