En choisissant lui-même les candidats autorisés à se présenter à l’élection présidentielle en Iran, le « Guide Suprême », Ali KHAMENEI, n’a-t-il pas reproduit cet exploit historique que l’on appelle « une victoire à la Pyrrhus » ?
S’il n’avait pas réduit le nombre des candidats, entraînant d’ailleurs le retrait volontaire de certains candidats à quelques jours du scrutin, n’y aurait-il pas eu deux tours de scrutin ?
Certes tous les candidats lui convenaient, en ce sens qu’ils s’inscrivaient tous dans le respect de cette théocratie qui tente de se donner une façade démocratique qui ne trompe personne.
Quand on a autant de sang sur les mains, quand on a emprisonné tant de monde … avec un passage à peu près systématique par la case « torture », quand on réprime brutalement toute initiative non strictement dédiée à l’obéissance au « Guide Suprême », quand on n’hésite pas à envoyer dans nos pays des équipes de criminels chargées d’éliminer physiquement les opposants, quand on mène des opérations militaires sur le territoire du pays voisin, l'Irak, pour détruire le camp où les opposants laïcs séjournent, quand on fait des efforts monstrueux pour se doter de l’arme atomique afin de devenir crédible dans ses menaces à l’encontre d’Israël … il est bien évident qu’un processus électoral aussi faussé ne peut pas servir de « brevet de démocratie ».
On nous sert un conte de fée. Hassan ROHANI serait « un modéré » ! Il l’est d’ailleurs tellement qu’Ali KHAMENEI s’est félicité, samedi soir, de son élection dès le premier tour.
Ceci étant, on voit bien que beaucoup d’Iraniens, opposés au régime actuel, ont choisi de voter pour le candidat le plus « modéré » puisque le « Guide Suprême » avait décidé d’empêcher Mohammad KHATAMI et, surtout, Ali Akbar HACHEMI-RAFSANDJANI de se présenter.
Hassan ROHANI joue un rôle majeur dans la négociation entre l’Iran et la communauté internationale au sujet du nucléaire. Qui peut imaginer qu’il ne bénéficie pas de la totale confiance d’Ali KHAMENEI pour assumer une fonction aussi fondamentale ?
Et, pourtant, en votant pour lui aussi massivement, les Iraniens ont exprimé qu’ils refusaient Saïd JALILI qui était un dur parmi les durs.
Comment Hassan ROHANI va-t-il désormais manœuvrer ? C’est une chose d’être élu, en donnant l’illusion aux Iraniens qu’en votant pour lui c’était comme s’ils votaient pour Mohammad KHATAMI ou Ali Akbar HACHEMI-RAFSANDJANI. C’en est une toute autre de tenir cette belle promesse électorale qui consiste à vider les prisons de leurs détenus politiques. Hossein MOUSSAVI et Hojjat ol-Eslam Mehdi KAROUBI ne sont pas encore sortis de prison et le « Camp Liberty », en Irak n’est pas plus à l’abri des violences qu’à l’époque de Mahmoud AHMADINEJAD.
Pour quelques temps encore, le cocufiage restera un exercice fort prisé en Perse.
La sortie de cet univers kafkaïen ne viendra qu’avec la fin de la théocratie. J’aimerais croire que, le 14 juin 2013 a marqué la première étape d’un retour de l’Iran dans le club des pays démocratiques.
Mais, je dois l’avouer, je n’y crois nullement, tant qu’au sommet il y aura un Ayatollah, qualifié de « Guide Suprême ».
Jean-Paul Bourgès 16 juin 2013