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Billet de blog 16 septembre 2013

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Remettre à flot

Il y a vingt mois, un capitaine de bateau d’opérette, qui aurait mieux fait de limiter ses talents à un amusant pédalo, voulant s’approcher beaucoup trop près de l’île de Giglio pour épater la galerie, éventra le géant des mers dont il avait la charge et se sauva vite sur la terre ferme… tandis qu’une trentaine de ses passagers y laissaient la vie.

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Il y a vingt mois, un capitaine de bateau d’opérette, qui aurait mieux fait de limiter ses talents à un amusant pédalo, voulant s’approcher beaucoup trop près de l’île de Giglio pour épater la galerie, éventra le géant des mers dont il avait la charge et se sauva vite sur la terre ferme… tandis qu’une trentaine de ses passagers y laissaient la vie.

Le renflouage est en cours. Il a nécessité un nombre considérable d'heures de travail d’ingénieurs spécialisés dans la marine, un énorme travail préparatoire avec la construction d’une impressionnante plateforme sous-marine pour le poser dessus avant de poursuivre par un remorquage. Il a fallu la mise en place d’une logistique exceptionnelle comprenant une salle de contrôle bardée d’écrans devant lesquels des techniciens surveillent, seconde par seconde et degré par degré, le redressement du mastodonte tandis que des caméras sous-marines permettent un contrôle permanent du processus. Inutile de s’encombrer l’esprit avec ce que cela coûte, car aussi lourde que soit l’addition, elle n’est pas grand-chose comparée aux trente deux vies humaines qui s’arrêtèrent à cet endroit où l’esprit invite plutôt au bonheur dont peuvent disposer des gens fortunés.

Comme beaucoup, j’ai regardé quelques images qui nous furent montrées à la télévision, ainsi que les explications techniques, avec images de synthèse à l’appui, qui nous permettent de comprendre le déroulement de cette opération sans précédent.

Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la similitude entre cet exploit imaginé et mis au point par ces ingénieurs et la situation politique française, où nous semblons cruellement manquer d’ingénieurs spécialisés dans la chose politique (En langage courant, on appelle ces gens là des « hommes et femmes politiques »).

Chacun voit bien, en effet, que le navire « France » (C’est un si beau nom de bateau qu’un transatlantique porta effectivement ce nom il y a cinquante trois ans) est manifestement allé frotter sa coque sur les rochers et son flanc droit est sous l'eau tandis que le flanc gauche manque d'air. Il est vrai que, par rapport au « Costa Concordia », on a changé de capitaine au cours de la croisière. On a remplacé un capitaine bling-bling qui passait son temps à faire une cour éhontée aux vieilles passagères emperlousées de la première classe, par un matelot batave qui faisait peur à ces mêmes passagères, tout en allant chercher l’argent nécessaire pour payer leur caviar dans les poches de l’équipage qu’il avait recruté en leur racontant qu’avec lui « le changement serait maintenant ». Ce qui devait arriver, arriva … le « France » s’échoua et chacun s’affaire de façon fort désordonnée pour le remettre à flot.

C’est pourtant simple … il suffit de faire exactement comme pour le « Costa Concordia ».

Il faut commencer par inspecter la partie de la coque qui est immergée, afin d’être bien certains d’identifier les points de solidité et les points de faiblesse de la structure. Il n’est pas possible de prendre appui sur une partie déchirée, comme en politique il faut choisir soigneusement ses alliés.

Ensuite il faut bâtir, sous l’eau … c'est-à-dire d’une façon discrète … une plateforme solide sur laquelle reposer le navire une fois redressé. L’étape de la plateforme politique est un classique du genre, est-ce vraiment indispensable de le rappeler à de vieux loups de mer, comme le capitaine François ou son premier lieutenant Jean-Marc ?

On peut alors commencer le redressement, en s’aidant de ballasts qu’on remplit ou qu’on vide en fonction des étapes. Une observation méticuleuse des opérations relatives au « Costa Concordia » montre qu’on s’aide d’abord des ballasts situés à babord – c'est-à-dire à gauche en langage de terrien – puis que les ballasts de tribord – la droite – serviront à éviter un basculement au-delà du point d’équilibre. Faut-il encore vraiment redire au capitaine François que, pour l’instant, il ne doit compter que sur le ballast de gauche et qu’il ne devra utiliser le ballast de droite qu’une fois le « France » remis sur la verticale. Alors et alors seulement on videra un peu les ballasts des deux côtés et le « Costa Concordia » se mettra à flotter ce qui permettra de le remorquer à petite vitesse vers un chantier de démolition.

Espérons que le sort du « France » pourra être plus riant et qu’on pourra de nouveau naviguer à son bord … mais, avant de nous laisser entraîner dans des rêveries dans lesquelles la croisière s’amuserait de nouveau, il faut déjà réussir le déséchouage … et ça n’est pas gagné.

Jean-Paul Bourgès 16 septembre 2013

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