Le Sultan SHARYAR avait fait exécuter son épouse pour infidélité et, ne voulant plus être cocu, il avait décidé d’avoir chaque soir une nouvelle femme. Au petit matin, il les faisait trucider avant de reconstituer ses forces afin, le soir venu, de rencontrer une nouvelle « élue de son cœur ». SHÉHÉRAZADE, la fille du Vizir, se dévoua un jour et, afin de mettre un terme à cette macabre hécatombe, elle amadoua le Sultan en lui racontant chaque soir une nouvelle histoire dont le prolongement viendrait le lendemain. Ayant réussi à répéter cet exploit mille et une fois, elle échappa au sort de toutes celles qui l’avaient précédée et le Sultan la garda définitivement comme épouse.
Telle ne fut pas la chance de l’ex petite-amie de ce charmant jeune-homme nord-Coréen, Kim JONG-UN, dictateur de son état et troisième de sa lignée à régner férocement sur son pays.
Ceux qui l’avaient vu arriver au pouvoir en imaginant que ses études suivies en Suisse avaient dû faire de lui un être aussi paisible qu’une vache des Grisons, peuvent remballer leurs pronostics. C’est un sanguinaire.
Or donc, en juillet 2013, cet agneau, qui venait d’accéder au pouvoir après le décès de son père, fit tout bonnement fusiller sa « bonne amie », la chanteuse Hyon SONG-WOL, ainsi que les onze artistes de son groupe musical, pourtant préposés à chanter les louanges du régime. Sous l’accusation improuvée qu’ils auraient tourné dans une vidéo-porno, ils furent tous exécutés devant leurs familles … pour plus de raffinement. Ces membres des familles furent, d’ailleurs, tous envoyés aussitôt dans des camps de prisonniers, en application d’un principe coréen fort sain : « la culpabilité par association ».
Cette opération de nettoyage de portée musicale aurait eu pour origine la jalousie de la compagne de l’enfant de chœur, elle-même jusque là membre de ce groupe musical, qui savait que les deux tourtereaux continuaient de se fréquenter et de s’envoyer en l’air. On était là dans un registre digne de Barbe Bleue.
Depuis la fin de la semaine dernière, l’oncle du jeune-grand-dirigeant, Jang SONG-THAEK et numéro deux du régime, ne tousse plus et la question de Fernand RAYNAUD n’aurait donc plus d’objet pour ce qui le concerne. Son cher neveu vient, en effet, en quelques jours, de l’éliminer en le faisant exécuter après un simulacre de procès, ainsi que deux des conseillers qui l’entouraient, au motif qu’il aurait été « un traitre à la nation, qui a perpétré des actes factieux contre le parti et des actes contre-révolutionnaires afin de renverser la direction de notre parti, de l’Etat et du système socialiste ». De Barbe Bleue on est passé dans le domaine des Atrides.
Le gamin un peu rondouillard et d’apparence si timide, est bien décidé à régner seul, ou peut-être comme tant d’hommes ordinaires, à faire le gros bras hors de la maison, mais à filer doux devant bobonne, une fois la porte d’entrée du logis franchie.
On peut blaguer, malgré le caractère dramatique de ces crimes … et j’avais choisi de commencer ce billet sur un ton badin, mais quelle horreur que ce régime, dont la population est affamée au point que ce soit l’endroit au monde où l’on meurt le plus de faim, mais où la détention prochaine de l’arme nucléaire représente une menace mortelle pour le monde entier aux mains de ce jeune fou bestial et sans limites.
Jean-Paul Bourgès 16 décembre 2013