« Noa, couché ! … et à la niche ! »

Le grand chic, depuis déjà quelques années, c’est de dire et répéter, avec un sourire d’angelot saint-sulpicien : « Oh, moi, je n’ai pas de tabou ».

Alors, puisque dans le langage polynésien, « noa » signifie le contraire des tabous, moi j’ai envie de renvoyer noa à la niche.

Ne me croyez pas spécialement coincé, ni attaché à quelque morale bourgeoise et bien-pensante. Ce n’est d’ailleurs pas sur le terrain des questions sociétales et des convenances que cette affirmation de l’absence de tabous me hérisse le poil. C’est dans le domaine politique et économique que j’ai de plus en plus de mal à tolérer l’égoïsme qui se camoufle ainsi, en tentant de se faire passer pour un comportement libéré des pensées racornies du passé … presqu’une élégance un tantinet dandyesque.

Les premiers à avoir affiché cette rupture avec le passé, qui n’était en réalité qu’un retour à un passé qu’on espérait définitivement révolu, furent Nicolas SARKOZY et Jean-François COPÉ.

L’un des sujets à propos desquels Jean-François COPÉ avait démontré son « absence de tabou », c’était son « racisme anti-blanc » qui, selon lui, infectait les quartiers. Quelle habile tour de passe-passe pour faire oublier les conditions de vie des populations parquées dans les ghettos qu’on a soigneusement situés à l’écart des centre-ville de nos grandes métropoles (Lire à ce sujet le remarquable billet de Juliette KEATING aujourd’hui : blogs.mediapart.fr/juliette-keating/blog/170316/la-part-du-ghetto ).

Cette absence de tabou a le même usage que le pare-bœuf situé à l’avant des locomotives du far-west. Il s’agit d’écarter les idées qui pourraient gêner la progression du convoi. Mais, au far-west les locomotives n’étaient équipées de ce dispositif astucieux qu’à l’avant, tandis que nos politiciens décomplexés et sans tabou n’en usent que pour la marche arrière.

Si la mode en fut lancée par les « bad-boys » de la droite, elle n’est pas restée leur exclusivité et il suffit d’écouter Manuel VALLS ou Emmanuel MACRON pour voir comment l’absence de tabou leur sert à légitimer des politiques qui ne sont rien d’autres que des régressions … que l’on ne peut combattre qu’en étant plein de tabous.

L’Eglise catholique est confrontée brutalement à l’ambiguïté de son attitude sur la question générale de la sexualité. Elle a imposé le célibat et, normalement, la chasteté à ses prêtres. Ce choix a de nombreuses conséquences, dont celui de camoufler les besoins sexuels des prêtres. Le silence règne donc en maître, jusqu’à tenter de dissimuler des comportements déviants. C’est cela qui aboutit à la fort délicate position du Cardinal BARBARIN. Les prêtres sont des hommes que l’on espère normaux … c’est croire le contraire qui est un tabou. Ne pourrait-on pas inviter les amateurs de la transgression des tabous à faire tomber celui-là ?

Dans le domaine politique et économique, il n’y a pas de tabou. Il y a des rapports de force, résultants de combats politiques et syndicaux. Habiller de l’absence de tabou des politiques consistant à revenir sur des acquis, c’est nous prendre pour des imbéciles.

Jean-Paul BOURGЀS 17 mars 2016

 

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