J’avais dit, hier, que je raconterais la réunion convoquée par le maire de Saint Agrève à propos de cette histoire de poubelles … voici donc la suite du billet d’hier.
Nous sommes en plein été, il fait beau et, pour notre Plateau Vivaro-Vellave, presque chaud au point de tourner à l’orage en soirée. Les vacanciers sont là depuis quelques jours mais ne s’intéressent guère à ces contingences de logistique villageoise et, pour les permanents, tous plus ou moins concernés par l’afflux des touristes, ça n’est pas le moment de perdre du temps à des futilités. La salle polyvalente n’était donc qu’à moitié pleine lorsque Maurice WEISS, maire de Saint Agrève, ouvrit cette séance d’information en présence des représentants de toutes les parties : la mairie de Saint Agrève, la Communauté de communes du Haut-Vivarais, le Collectif Valorisons nos Déchets, dont je suis membre, d’une part et le SICTOM entre Monts et Vallées d’autre part … enfin celui qui, depuis plus de six mois, joue un rôle de médiateur entre le SICTOM et les trois autres.
Arraché, pied à pied, ainsi que je l’ai déjà raconté, le processus démocratique est enfin enclenché. Il aurait dû être l’étape initiale de toute évolution d’un service public, dans sa logique, ses fonctionnalités, ses conditions tarifaires … ou les trois à la fois comme dans le cas présent. Cela implique d’expliquer à la population le problème à traiter, de présenter un éventail de solutions, d’accueillir positivement les questions et les suggestions, de présenter et laisser aux participants un document leur permettant de faire ensuite connaître leurs opinions et préférences.
Sur cette base, une nouvelle réunion de concertation se tiendra fin août, pour prendre connaissance des préférences manifestées par la population … et, à partir de là, uniquement et enfin, mettre au point la solution la mieux adaptée aux besoins et aux choix des habitants. Le jeu autour de cette affaire fut tout à fait intéressant à observer et analyser, même si aucun média national ne pensa utile d’enquêter à ce sujet, malgré nos prises de contact dans cet objectif.
On vit une structure coupée de la population décider en chambre une réforme avec une multinationale productrice de poubelles, sans se poser la question de savoir ce que les usagers pourraient en penser (Le Syndicat se voit déléguer le service des ordures ménagères par les quatre Communautés de communes sur le territoire desquelles il opère. Les Communautés de communes sont administrées par des délégués des communes élus au sein des Conseils Municipaux. Les Conseils municipaux ont été élus par les habitants … mais sans savoir qui siègerait au Conseil communautaire). Comment s’étonner que les responsables du SICTOM, élus au quatrième degré par rapport aux habitants, n’aient plus le réflexe d’écouter la population avant de décider … ils sont plus éloignés du terrain que le Président de la République qui, lui, est élu au suffrage universel direct ! ! !
Hier soir on sentit la réponse technocratique, que nous avions dénoncée, voler en éclat et la copie du SICTOM balayée, mais devant un public limité car nos concitoyens ne se comportent plus guère en citoyens … imaginez donc ce qu’il reste de ce beau mot.
Reste maintenant à voir à quel rythme les élus voisins de Haute-Loire comprendront le message venu de l’Ardèche. Les jeux politiques nationaux vont évidemment ressurgir. D’un côté, les élus de Haute-Loire sont groupés, tels des moutons, autour de la haute stature de leur berger qui sait tout sur tout sans se montrer sur ce sujet, Laurent WAUQUIEZ, vice-président fillonniste de l’UMP aux côtés de Jean-François COPÉ, qui malgré son jeune âge tente de s’imposer comme Moïse conduisant les siens vers la terre promise. De l’autre, l’Ardèche, qui envoya trois députés PS au Palais-Bourbon en juin 2012, où ces élus socialistes sont marqués par l’influence des écologistes et favorables à une démocratie participative.
Le seul facteur d’unité est « Le Plateau » lui-même. Ce Plateau Vivaro-Vellave déjà un peu Cévenol, campé sur son niveau d’environ mille mètres d’altitude moyenne, est habitué à une vie rude, isolée du monde et où les solidarités sont fortes. Ce pays est traversé du nord au sud par la ligne de partage des eaux entre Méditerranée et Atlantique. Il est également parcouru, presque perpendiculairement, par une ligne de partage religieux entre la très catholique La Louvesc en Ardèche où l’on honore Saint François Régis ou Le Puy-en-Velay sur le chemin de Compostelle d’une part et Saint Agrève en Ardèche et le Mazet Saint Voy ou Le Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire d’autre part, où certains pratiquent une religion réformée restée identique à celle que les dragonnades tentèrent d’exterminer sous Louis XIV. Terre de contrastes, terre volcanique où les sentiments semblent nettement moins éteints que les volcans, ce pays constitue cependant un tout malgré les découpages administratifs (L’Ardèche est en Rhône-Alpes, tandis que la Haute-Loire est en Auvergne).
Il va être intéressant de voir si, dans les prochains mois, ce Plateau réagit, enfin, de façon unitaire sur cette affaire en bousculant ceux des élus qui se sont comportés en petits barons dominant des serfs.
Jean-Paul Bourgès, le 17 juillet 2013