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Billet de blog 17 sept. 2013

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Sectaire, sectaire … vous avez dit sectaire ? comme c’est étrange mon cher cousin !

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Cette paraphrase de la fameuse réplique prononcée par Louis JOUVET dans « Drôle de drame », marque juste mon étonnement devant l’usage du mot « sectaire » qui a été sur-utilisé ces derniers jours.

Un ancien collaborateur de Nicolas SARKOZY a récemment montré à quel point nous sommes près, lui et moi. Il a indiqué, sans sectarisme aucun, qu’il refusait de donner sa voix à quelqu’un qui serait sectaire. Sur le principe je l’approuve à cent pour cent, et je suis un peu jaloux de cet homme qui dispose d’un instrument qu’on doit certainement à des recherches technologiques très avancées : le sectairomètre !

Spontanément, si l’on m’avait demandé jusqu’à ces derniers jours si j’accepterais de voter pour un sectaire, j’aurais, sans hésitation, répondu par la négative, mais l’usage un peu débridé, pour ne pas dire décomplexé, de ce mot me conduit à un peu plus de prudence et de réflexion sur le ou les sens que l’on peut lui attribuer.

Je me suis retourné vers «Le Petit Robert » (5e édition du 2e trimestre de 1970) qui faisait partie de « la dot » de mon épouse et qu’elle s’était payé avec son premier salaire d’institutrice. Ce vénérable ouvrage donne la définition suivante : « Personne qui professe des opinions étroites, fait preuve d’intolérance (en politique, religion, philosophie) ».

Je n’avais pas l’intention de voter pour eux, mais je vois que cette définition s’applique parfaitement à tous ces députés UMP qui défilèrent durant des mois contre le « mariage pour tous » sous la bannière des étoilés de Frigide BARJOT. Le jour où un deuxième tour opposera un candidat UMP et un candidat FN, je saurai, comme François FILLON, qu’il faut éviter de voter pour le candidat UMP … mais je ne saurai pas quoi faire car ce génial Sarthois n’a pas expliqué que faire quand le choix est entre deux sectaires et qu'on ne dispose pas de son sectairomètre pour peser les écarts.

Mais trêve d’ironie, François FILLON ne mérite même pas autant de lignes. C’est un cynique, et on le savait de longue date, le voile s’est déchiré et il apparaît pour ce qu’il est : un petit politicien et sûrement pas un Homme d’Etat.

Je préfère rester sur cette notion de sectarisme et évoquer le très intéressant texte que publie Gabriel COHN-BENDIT dans Libé de ce jour à propos de la laïcité. On connaît, depuis longtemps, l’esprit provocateur de ce pédagogue et il y exprime que « ce qui menace la laïcité, c’est le sectarisme laïc ». Sa vision de la laïcité et son refus des sectarismes sont exactement ceux que je professe moi aussi. Mais, en ne voyant pas pourquoi et au nom de quoi nous interdirions à quelqu’un de faire savoir, par le port d’un détail vestimentaire ou pileux ou par toute sa tenue, ce que sont ses convictions religieuses ou philosophiques, nous ne sommes que des partisans d’une véritable application du respect de la liberté de conscience de chacun. Nul n’est obligé de s’auto-étiqueter en portant un habit, un badge, un signe quelconque pour faire savoir ce qu’il pense ou en respectant des règles alimentaires, mais nul n’a de raison d’en être empêché.

Ce qui pose problème, c’est que des personnes soient éventuellement contraintes de respecter tel ou tel code vestimentaire du fait de leur appartenance à une communauté, ce qui revient à condamner quelqu’un à renoncer à toute opinion personnelle différente de celle de ses parents, de son milieu, de son église.

Gabriel COHN-BENDIT aborde tout cela avec clarté et fermeté. Sa conclusion est particulièrement intéressante et je la cite donc ci-après : «Si demain une femme était élue et portait un foulard, les députés quasi unanimes hurleraient au scandale et pourtant, l’un des personnages les plus populaires de notre époque, l’abbé Pierre, a siégé en soutane à l’Assemblée, sans que cela fasse scandale, et c’était normal. L’école est menacée par bien des choses contre lesquelles il faut se mobiliser et là on se mobilise contre quelque chose qui ne la menace pas.  ».

Les vrais combats à conduire sont ceux de la vérité, du refus des hypocrisies, du respect intégral des convictions de chacun ce qui suppose d’être toujours prêts au débat mais jamais à l’exclusion sous prétexte de différence. Ce sont les différences qui nous unissent en nous enrichissant tous. C’est l’uniformité qui nie notre caractère humain d’êtres pensants. Réfléchissons bien à ce que recouvre vraiment le sectarisme, avant d’utiliser ce terme à tort et à travers.

Jean-Paul Bourgès 17 septembre 2013

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