Un avocat du barreau de Lyon vient d’être radié par le conseil régional de discipline de l’ordre, à la suite des réquisitions concordantes du bâtonnier de Lyon et de l’avocate générale (Il fait appel).
Qu’était-il reproché à l’avocat en cause ? D’avoir, dans une affaire de non respect de droit de visite de la grand-mère d’une fillette, demandé la récusation d’un magistrat qui avait pris une décision qui ne lui convenait pas, au motif que le magistrat s’appelle Albert LÉVY tandis que le prénom du père de la partie adverse est Moïse. L’avocat en avait conclu que l’impartialité du juge était par conséquent mise en doute en évoquant une « coloration communautariste » !
Le barreau de Lyon, de même que le parquet, ont sainement réagi en marquant fermement le refus sans nuance de tels comportements.
Pouvait-on attendre autre chose de ceux qui contribuent à rendre la justice à Lyon, qui fut appelée autrefois « la Capitale de la Résistance » et où eut lieu il y a quelques années le procès de Klaus BARBIE ? Mais n’oublions pas non plus que l’un des leaders intellectuels du négationnisme était un professeur de faculté de Lyon.
Aucune faiblesse ne doit être tolérée sur ce terrain et, chaque fois que la bête immonde ose relever la tête, le coup de massue doit être vigoureux et immédiat. Ce le fut et c’est très bien.
L’avocat en cause … ça n’est pas lui faire injure de dire qu’il ne fait pas partie des « grandes pointures locales du barreau » … est manifestement victime de son amateurisme qui l’a amené à se mettre en risque de sanction personnelle pour une décision banale de « sursis à statuer » qui ne méritait pas tant de tintamarre. D’autres avocats plus affutés auraient, peut-être, pensé la même chose, mais auraient su éviter une gaffe aussi monumentale.
Au-delà de cette affaire assez minable, ce qui me semble important c’est qu’un avocat … c'est-à-dire quelqu’un ayant un bon niveau culturel … ne se rende pas compte, au moment de déposer une requête en récusation d’un juge, qu’il est en train de mettre le doigt dans ce pot de confiture qui s’appelle le racisme et, en l’occurrence, l’antisémitisme. Nul n'est « non-intégrable » chez nous ... qu'on se le dise et répète !
C’est nous tous que cette affaire doit interpeller en nous faisant répondre, chacun pour nous et dans notre for intérieur, à la question suivante : « Sommes-nous sûrs et certains d’avoir totalement extirpé de notre esprit tout jugement, toute attitude, toute position influencés par l’origine réelle ou même simplement supposée de celui qui est en face de nous ? ».
Ce qui nous choque, ce qui déclenche des réactions institutionnelles, c’est ce qui est caricatural et tellement ridicule et exagéré que presque tout le monde s’en offusque.
Mais il y a, d’une part, ceux qui vont prendre fait et cause pour l’avocat fautif, parce qu’ils auraient réagi comme lui … et, même s’ils sont minoritaires, soyons réalistes en reconnaissant qu’ils ne sont quand- même pas rares.
Il y a, surtout d'autre part, un glissement progressif vers la résurgence de comportements racistes ou xénophobes et nul ne doit considérer cela comme un « détail de notre histoire » récente.
Cet avocat, qui semble avoir un cabinet qui ne fonctionne pas merveilleusement bien, va peut-être supporter des conséquences plus lourdes que ce que son pas de clerc nécessitait. Tant pis pour lui.
Si cela nous fait tous réfléchir et redonne du tonus à notre défense face au retour du mal absolu, il aura été utile. Tant mieux pour notre démocratie, on ne va pas aller, cependant, jusqu’à le remercier.
Jean-Paul Bourgès 17 octobre 2013