Parier sur un cheval dont la cote est de 364 / 1, jamais un turfiste n’y a même pensé et un cheval, à ce point sûr de ne pas gagner, ne sera jamais aligné dans aucune course hippique.
C’est pourtant le statut de ce qui devrait tous nous rassembler, toute l’année, jour après jour, jusqu’à avoir enfin obtenu « l’élimination de la pauvreté ».
Ce 17 octobre est, en effet, la journée internationale de l’élimination de la pauvreté. Ce singulier exprime bien l’unicité temporelle de cette pseudo mobilisation à laquelle répondent les trois-cent-soixante-quatre autres journées où l’on a tellement mieux à faire. Pensons, par exemple au 12 avril qui est « la journée internationale du vol spatial habité », ou au 19 novembre qui est « la journée internationale des toilettes » … qui pèsent donc autant que l’élimination de la pauvreté.
La pauvreté a si peu été éliminée depuis l’initiative, il y a vingt-huit ans, du Père Joseph WRESINSKI, le fondateur d’ATD-Quart Monde, que jamais les déplacements de population n’ont été aussi impressionnants en provenance de nombreuses parties du monde.
A la fin du XVème siècle et au début du XVIème siècle, chauffés à blanc par des mirages d’Eldorado ou pour fuir la persécution, de petits contingents d’Européens s’embarquèrent sur des bateaux pas plus grands que les rafiots qui tentent d’aller de Libye à Lampedusa ou de la côte turque aux îles grecques. Après des voyages aventureux beaucoup plus longs que ceux d’aujourd’hui, ils mirent le pied dans les deux Amériques qu’ils colonisèrent avec une brutalité extrême en éliminant très largement ceux qui y vivaient … fort misérablement.
De nos jours des mouvements bien plus importants se produisent et nous ne sommes, certainement, qu’au début d’énormes migrations car, à la « misère ordinaire », s’ajoutent les guerres et, d’ici peu, viendront amplifier le phénomène les conséquences du réchauffement climatique qui conduiront des centaines de millions de personnes à abandonner leurs pays … car ceux-ci auront été engloutis sous les flots, comme, par exemple, au Bangladesh.
Beaucoup d’autres maux, auxquels sont consacrées des « journées internationales de … », ont la même origine, qui est la misère.
Ce n’est donc pas juste une petite pensée, vite oubliée par l’effet de notre société du zapping, qu’il faut dédier, de façon légère, à l’éradication de la pauvreté un jour sur trois-cent-soixante-cinq. Ce sont trois-cent-soixante-cinq jours sur trois-cent-soixante-cinq, qui devraient y être consacrés, car presque tous les malheurs de l’humanité en découlent.
Et ne nous y trompons pas, la pauvreté fait souffrir le pauvre, mais elle abaisse le riche.
Jean-Paul BOURGÈS 17 octobre 2015