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Billet de blog 17 décembre 2013

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Des gros trous, des gros trous … toujours des gros trous

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Tout ce qui se passe à Toulouse m’intéresse plus que ce qui arrive ailleurs en France, du fait que ma fille aînée y mène, depuis déjà de nombreuses années, sa vie de comédienne et de metteur en scène de théâtre. Je vais donc, fréquemment, voir ce qui se raconte sur le site de « La Dépêche du Midi ».

Une nouvelle, lue il y a deux jours, m’a inquiété car elle présente de réels risques d’accidents, mais elle m’a aussi amené à des réflexions allant au-delà de mon basique comportement de père-poule.

Depuis quelques temps les plaques d’égouts disparaissent à Toulouse et dans sa périphérie, à un rythme inhabituel. Certes Toulouse est la capitale française, non seulement de la violette, mais aussi de l’aéronautique et, dans cette ville, tout ce qui peut voler … vole effectivement.

Mais, jusqu’à présent, ce caractère volant ne s’appliquait pas aux plaques d’égouts en fonte qui restaient bien sagement fixées au-dessus des puits qui permettent aux égoutiers de descendre vérifier le bon fonctionnement de nos réseaux d’évacuation des déchets liquides.

Or, ces derniers mois, ce sont mille quatre cent disques en fonte qui ont disparu et la police ne retient guère l’hypothèse de petits gnomes malicieux profitant de leurs temps libres pour faire de mauvaises blagues de potaches en faisant voler ces lourds disques de fonte.

Plus concrètement, la fonte, comme le cuivre, est un matériau qui peut être revendu à des individus peu scrupuleux et totalement indifférents aux accidents qui pourraient arriver à ma fille si elle tombait au fond d’un égout dont la plaque aurait été retirée. Ils ne peuvent en retirer qu’un profit de l’ordre d’une quinzaine d’euros, obligeant la ville de Toulouse à débourser plus de sept cents euros pour remplacer la dite plaque.

Vous êtes donc sûrement comme moi, même si votre fille aimée n’habite pas Toulouse, tout à fait scandalisés par cette mise en danger de la vie d’autrui … pour un profit aussi minable et bien moins lourd que la plaque elle-même, qui pèse de l’ordre de cinquante kilos.

Ceci étant, ne tomberont dans l’un de ces mille quatre cent trous que les étourdis qui ne regardent pas où ils mettent leurs pieds ou leurs roues. J’espère que ma fille, à Toulouse, tiendra compte de cet avertissement paternel.

Mais, une fois cela acquis, cette notion de trou béant m’a conduit à d’autres réflexions à partir de ce mot «trou», de ceux qui les créent et de ceux qui y tombent.

Lorsqu’un chef d’entreprise met la clé sous la porte en ayant habilement organisé son insolvabilité empêchant de combler le trou qu’il laisse derrière lui, qui sont ceux qui tombent dans le trou sans bien comprendre ce qui leur arrive ? Ses créanciers et ses salariés … Bien sûr, ils n’avaient qu’à regarder où ils mettaient les pieds disent nos bon esprits du libéralisme économique.

Lorsque des dirigeants dépensent plein d’argent pour des choses inutiles et font des cadeaux fiscaux à leurs copains qu’ils mettent à l’abri d’un bouclier en réduisant ainsi les recettes … ils laissent un trou derrière eux lorsque, par exemple, les électeurs ont cessé d’être sensibles au charme d’un certain Nicolas. Mais qui tombe dans le trou ? Le successeur, qui n’avait peut-être pas regardé suffisamment où il mettait les pieds disent ses cyniques adversaires.

M’éloignant de nos turpitudes terrestres, j’ai poursuivi une promenade en tournant mon regard vers la voute céleste qui, en cette belle nuit de lundi à mardi, est on ne peut plus claire … malgré un pic de pollution sur la région lyonnaise. Et je me suis dit que j’avais sûrement devant moi une multitude de trous-noirs, puisque leur particularité c’est qu’on peut tellement peu les voir qu’on n’est même pas surs de leur existence. Aller à leur rencontre, y compris lorsqu’on est le soleil, c’est être condamné à être avalé par ces objets étranges disposant d’un champ gravitationnel monstrueux. Et je me suis dit alors que les fautes de Nicolas, les défaillances d’entreprises de dirigeants irresponsables et les plaques d’égouts de Toulouse n’étaient que de petits dangers auxquels il ne fallait pas prêter trop d’attention … et j’ai continué à marcher, le nez en l’air en observant la voie lactée, jusqu’à la chute qui me réveilla parce que je n'avais pas regardé à mes pieds.

Jean-Paul Bourgès 17 décembre 2013

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