Protester quand on le croit indispensable

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Protester, c’est étymologiquement témoigner de ce que l’on croit. Ça n’est donc pas râler, traîner les pieds, ne pas jouer le jeu … c’est une attitude parfaitement positive, consistant à dire, face à la bien-pensance ambiante, que l’on pense autrement et que l’on n’aura pas la lâcheté de ne pas le dire publiquement.

Si je parle de ça aujourd’hui c’est parce que c’est le 19 avril 1529 que les Princes allemands, Jean de Saxe, Philippe de Hesse, Georges de Brandebourg, Wolfang d’Anhalt-Köthen, Ernest de Brunswick et quatorze villes, dont Strasbourg, Nuremberg, Constance … osèrent protester contre la volonté de Charles Quint d’imposer la religion catholique à l’ensemble de son Empire en rejetant la réforme inspirée par Martin LUTHER.

Leur acte, déposé à la Diète de Spire, déboucha sur l’obligation pour Charles Quint de reconnaître leur droit d’adopter la religion réformée … pour conserver leurs votes lors de l’élection à la tête de l’Empire, puisque cette fonction était soumise à un système électoral dont les Princes et les principales villes impériales constituaient le corps électoral. C’est quelques dizaines d’années après cette première victoire que fut affirmé le « cujus regio, ejus religio », puis la liberté de conscience individuelle qui est à la base de notre principe de laïcité.

C’est à la suite de cet acte de protestation que les fidèles des diverses variantes de la religion réformée sont regroupés sous le nom de « Protestants ».

Papa était Protestant et maman était Catholique. Papa ne m’éduqua guère à la protestation, qui n’était pas dans son tempérament, tandis que maman me forma à ne jamais accepter ce que je considérerais comme inacceptable. Elle-même perdit la foi à la suite de la Shoa en considérant qu’il n’était pas concevable qu’ait eu lieu une horreur pareille sans une intervention divine pour l’empêcher … et que, par conséquent, l’absence de cette intervention lui faisait mettre en doute l’existence de Dieu. Mon scepticisme en découle aussi probablement.

Aujourd’hui je me sens proche de ceux qui ne s’inclinent pas devant tous ces termes qui préfèrent se dissimuler derrière des acronymes comme TINA, TAFTA, CICE et autres OMC pour, dans une démarche résolument politique et non économique, agir dans le sens voulu par les puissants qui tirent les ficelles dans le sens de leurs intérêts … dont ils vont ensuite planquer le produit dans des paradis fiscaux, qu’ils ont contribué à bâtir, afin de ne rien rendre de ce qu’ils ont volé à la collectivité.

D’une époque où quelques hommes sans principes détournaient, en se cachant, des sommes marginales par rapport à la richesse des nations, on est passé à un stade industriel où ceux qui devraient être les plus gros contributeurs sont ceux qui ont réussi à ne rien payer nulle-part … sous le vocable ahurissant « d’optimisation fiscale ». Ils ont même eu le toupet, pour perpétuer leur piratage, de mettre les peuples à la diète.

Cela suffit, c’est même beaucoup trop. Il faut que la protestation enfle, comme elle a commencé de le faire avec la loi EL KHOMRY, qui a commis l’erreur de vouloir « moderniser » … non, plutôt démolir, plus d’un siècle de conquête sociale depuis Emile ZOLA que la Ministre a reconnu avoir pourtant lu … pour l’oublier aussitôt.

Le système craquera car l’équilibre a trop été rompu entre les plus puissants et les plus modestes. La classe moyenne s’enfonce chaque jour un peu plus à son tour, c’est elle qui fournira bientôt les gros bataillons de protestataires. Ce sont ses enfants qui passent les nuits debout.

Jean-Paul BOURGЀS 19 avril 2016

 

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