Engagement sans enrégimentement


Samedi, j’ai participé, toute la journée, au « Forum de l’engagement citoyen », organisé par le Conseil de Développement du Grand Lyon. Ce fut un temps joyeux, dynamique et très divers, qui redonne le moral après quelques journées particulièrement tristounettes résultant du doute qu’une technocratie journalistique a pu m’inspirer sur la possibilité d’avoir un dialogue vrai et sans arrière-pensée. Là aussi, cependant, une toute petite fenêtre s’est ouverte vendredi. Pourra-t-elle s’élargir et laisser passer la lumière et un vent d’air pur ? Je l’espère et nous en reparlerons prochainement.

Mais je reviens à ce forum, auquel participèrent un peu plus de deux cents personnes, et qui m’inspire quelques réflexions.

Tout d’abord j’ai été frappé par la jeunesse de ceux qui s’étaient mobilisés tout un samedi et qui sont bien loin de l’idée d’une main-mise de cadres-retraités, plus ou moins notables ou aspirant à être considérés comme tels, squattant, comme le croient certains, les présidences d’associations qu’ils écraseraient de leur conformisme et de leur bien-pensance. A noter, cependant, une faible participation de quarantenaires et cinquantenaires … probablement trop pris par les responsabilités familiales et professionnelles.

Ensuite, et c’est la raison de l’image située en tête de ce billet ainsi que de son titre, l’engagement citoyen est à l’opposé de l’enrégimentement … quelle qu’en soit la forme. Autrement dit, la liberté est à la base-même de cette forme d’engagement, provoquant et préservant d’extraordinaires capacités créatives qui ne s’épanouissent qu’à l’air libre.

Enfin, devant l’échec de plus en plus évident de la démocratie représentative, dont la hausse ininterrompue de l’abstention dans tous les scrutins exprime quantitativement le stade impossible à ignorer désormais, il est particulièrement rassurant de voir l’importance de la capacité de nouvelle mobilisation d’une génération de trentenaires investis dans le concret par conviction philosophique.

Je terminerai cette évocation en parlant de cet homme, facteur de son état, qui, pendant plus de dix ans, fut l’extraordinaire animateur et organisateur du marché de Noël local dans la commune où j’habite. Capable de mobiliser plus de deux cents bénévoles chaque année sur une population d’un peu plus de trois mille habitants, il réussissait à monter une opération fréquentée par cinquante mille personnes sur deux jours, préservant un large caractère gratuit au profit des enfants tout en équilibrant les comptes par des redevances payées par ceux qui venaient y vendre des produits sérieusement sélectionnés. Modeste facteur le jour, il se métamorphosait en manager inspiré et inspirant le soir et le week-end.

N’est-ce pas d’abord cela la vraie leçon que nous donne l’engagement citoyen ? Il existe un réservoir presque sans limite de talents que la vie économique ignore. Ce n’est pas une raison pour en priver l’ensemble de la société. Les hiérarchies sont diverses … et c’est bien.

Jean-Paul Bourgès 18 mai 2014

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