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Billet de blog 18 juillet 2013

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Comme vous le savez, je n’hésite pas à aller chercher dans des médias à la ligne politique fort éloignée de la mienne, des informations précieuses pour conduire une réflexion sur les ressorts de notre société.

Aujourd’hui, heureusement que je me suis un peu forcé pour lire « Le Figaro », où l’on apprend que « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».

Usant habituellement de la liberté, que je m’octroie largement, de blâmer « Le Figaro » … mais bien d’autres journaux aussi, c’est d’un éloge pour ce « journal-officiel de l’UMP » que je vais me fendre. Et, ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas des journaux de sensibilité de gauche, fut-elle caviar, qui m’ont apporté l’information qui révolutionne mes idées sur l’âge de la retraite.

Comme tous ces Français moins préoccupés par la défense de notre compétitivité économique que par la préservation « d’avantages sociaux caractéristiques d’une France d’assistés » (Excusez-moi, mais quand je lis « Le Figaro » mon langage se modifie sensiblement), je considérais, jusqu’à présent l’abaissement de l’âge de la retraite comme une conquête sociale et sa remontée comme une régression … fut-elle inévitable économiquement et conforme à l’élévation de la longévité moyenne.

Mais je n’avais rien compris à cette obsession de repousser l’âge de la retraite au-delà du niveau où il avait été mis à l’arrivée de François MITTERRAND à l’Elysée en 1981. Si tous s’y sont attelé, sous la droite, comme, plus discrètement, avec un gouvernement de « gauche », avec les encouragements de la Commission de Bruxelles, du FMI, d’Angela MERKEL ou de David CAMERON, il fallait de sérieuses raisons.

Méfions-nous des politiciens qui, pour certains cachent leur intention de repousser l’âge de la retraite, et pour d’autres n’osent pas nous expliquer pourquoi ils voudraient nous voir travailler bien plus tard (Reconnaissons juste, au passage, notre ignorance : nous ne savions pas qu’il y avait plus de postes à pourvoir que de candidats et que les retraités sont donc, en quelque sorte, des déserteurs de l’emploi).

La clarté nous arrive par « Le Figaro » qui nous apprend qu’à la « Conférence internationale de l’Association Alzheimer » à Boston il vient d’être démontré que chaque année de travail supplémentaire au-delà de soixante ans réduit de 3% le risque de souffrir un jour de la maladie d’Alzheimer. Avec ce sens de l’humour propre au « Figaro », ils qualifient cette information, résultant d’une étude de l’INSERM, de «lot de consolation aux salariés d'aujourd'hui qui travailleront plus longtemps que leurs parents ».

Ce qui m’a frappé dans cette information c’est surtout l’ingratitude à l’égard de nos héros modernes qu’elle démontre. Depuis une quinzaine d’années, sous divers gouvernements, eurent lieu des tentatives pour relever l’âge de la retraite … accompagnées d’ailleurs aussi de tentatives d’abaissement du montant des retraites et nous ne leur en savions aucun gré.

Grâce au « Figaro », je sais, désormais, que l’objectif de ceux qui mirent ainsi en risque leur carrière politique n’était que de nous permettre de vivre plus longtemps à l’abri de la maladie d’Alzheimer.

Sachant la cruauté de cette maladie neuro-dégénérative pour ceux qui en sont atteints et pour les proches qui voient ceux qu’ils aiment enfermés peu à peu dans un univers avec lequel l’incommunicabilité atteint des stades extrêmes, je me sens soudain rempli d’une immense gratitude à l’égard de tous ces politiques qui mènent une lutte aussi frontale et vigoureuse contre cette maladie … en ayant eu la délicatesse de le cacher.

Des individus moins avertis qu’eux auraient cherché à dégager des budgets significatifs pour améliorer la détection prématurée de la maladie et la mise en œuvre de processus de ralentissement de sa progression. D’autres, plus portés vers les démarches d’accompagnement, auraient cherché à multiplier les structures d’aide aux malades et aux familles.

Ceux qui voient loin et qui ont vraiment le sens des responsabilités grignotent, 3% par 3%, la maladie en nous faisant travailler plus tard. Si l’on prenait la retraite à quatre vingt quinze ans (100 % divisé par 3% donne trente trois. Soixante deux ans plus trente trois ans donne quatre vingt quinze ans), ne ferait-on pas disparaître la maladie d’Alzheimer ? Cela me rappelle papa, mort de cette maladie, qui me disait : « Celui qui abuse de l’extrapolation doit être mis chez les aliénés ». Pardon papa, cette extrapolation n’était qu’un raisonnement par l’absurde … auquel tu m’initias aussi, il y a plus de cinquante ans ! Tu lisais « Le Figaro », tu ne t’attendais probablement pas que j’en fasse cette lecture. Tu me blaguais souvent, à mon tour de te blaguer par delà Alzheimer qui nous sépara définitivement il y a déjà vingt trois ans, tu aurais dû prendre ta retraite bien après soixante cinq ans ... et travailler bien plus encore à ton bureau qu'au cours des quinze années qui suivirent !

Jean-Paul Bourgès, le 18 juillet 2013

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