La miniaturisation, mêlant dispositifs électroniques et micro-doses de produits chimiques, ouvre des perspectives nouvelles dans le cadre des traitements de longue durée reposant sur la libération quotidienne dans l’organisme d’une toute petite quantité de substances, selon un rythme pré-établi et sans risque d’oubli.
On est maintenant techniquement capable d’installer, sous la peau, un dispositif libérant chaque jour quelques dizaines de microgrammes d’une hormone et de mettre en œuvre ou stopper ce système par le moyen d’un micro-processeur pilotable par une télécommande.
La grande nouveauté réside dans la durée de vie de ces dispositifs, dont on annonce désormais qu’ils pourraient rester implantés sous la peau de l’ordre de quinze années sans nécessiter d’intervention.
Appliquée à la contraception, cette innovation permettrait à une femme, apte physiquement à concevoir durant une trentaine d’années, de pouvoir contrôler fort précisément sa fertilité tout au long de sa vie avec l’installation d’une puce sous sa peau dans sa jeunesse, puis un remplacement du dispositif vers l’âge de trente ans pouvant fonctionner alors jusqu’à sa ménopause. Une pression sur la touche « off » d’une zappette et l’émission quotidienne de substance contraceptive pourrait cesser, rendant possible une grossesse … et une nouvelle pression sur la touche « on » pourrait de nouveau activer la contraception.
Le processus de contrôle de la reproduction est le résultat d’un fort long parcours, marqué par la sujétion des femmes à la violence de la grossesse non désirée et à l’oppression sociale contraignant les femmes à produire le plus grand nombre d’enfants possibles, jusqu’à en mourir, pour que vive le groupe. Contrôlée par les hommes, chefs du groupe et inséminateurs à leur convenance, la maîtrise de la reproduction ne fut que très lentement investie par les femmes, de façon d’abord artisanale et imparfaite, incluant l’interruption de grossesse de façon barbare ou le meutre des nouveau-nés, par exemple en raison de leur sexe … avant que les progrès de la technique leur en transfère et la responsabilité et le moyen.
Les progrès technologiques présentés ci-dessus ne font-ils pas franchir un stade, au sujet duquel on peut hésiter entre s’en féliciter et en craindre les effets ?
On peut y voir, et c’est ma première réaction, une étape essentielle dans la conquête de l’égalité entre hommes et femmes, voire même le moyen de permettre à un couple de choisir ensemble de créer les conditions d’une conception décidée à deux (On peut imaginer les deux partenaires usant de la zappette en appuyant ensemble sur le bouton « on » ou « off » et le faisant même dans le cadre d’un moment de joie et de fête intime).
On peut aussi se demander si, à force de mise sous contrôle technique de notre devenir, nous ne nous créons pas l'illusion d’avoir dominé notre condition d’animal tout juste supérieur, et si cette fois ça n’est pas encore Prométhée qui met à notre disposition de quoi contester le pouvoir de Zeus ?
Par rapport à la première interrogation, comme par rapport à la seconde, je me demande, surtout, si nous avons suffisamment maîtrisé nos faiblesses morales dont les atrocités un peu partout dans le monde administrent quotidiennement la preuve. Les moyens techniques sont-ils vraiment à la hauteur de nos comportements sociaux ?
Jean-Paul Bourgès 18 juillet 2014