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Billet de blog 18 septembre 2013

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Quel mystère cachent ces rafales ? Serait-ce le mirage de l’argent ?

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Stéphanie de MONACO eut, naguère, sa petite période de gloire artistique avec sa chanson « Comme un ouragan ».

La grande époque de la famille DASSAULT commença, elle aussi, par un fort bel avion à réaction dénommé l’Ouragan. Le génie de Marcel DASSAULT, en fait Marcel Ferdinand BLOCH, s’était manifesté fort tôt pendant la première guerre mondiale par la réalisation d’hélices très performantes et il construisit de nombreux avions entre les deux guerres. Trente ans plus tard, à son retour du camp de Buchenwald, il reprit son activité de constructeur aéronautique illustrée par cette lignée extraordinaire d’avions allant de l’Ouragan au Rafale, en passant par la série des Mystère puis des Mirage.

Si l’on s’arrêtait là il suffirait de dire qu’HERGÉ s’inspira, bien sûr, de Marcel DASSAULT pour créer le personnage du constructeur Lazlo CARREIDAS dans « Vol 714 pour Sydney » … et nous pourrions alors nous laisser submerger dans une béate admiration d’une remarquable réussite industrielle et de la longévité d’un homme qui toucha à tout : l’aéronautique, la presse, le mécénat de nombreux artistes, la politique puisque, comme doyen, il présida la première séance de l’Assemblée lors de l’installation des députés, majoritairement socialistes, issus des élections de juin 1981.

Une saga familiale, poursuivie par Serge, le fils de Marcel, qui est en train de boucler le looping dans un ouragan d’un autre genre.

Atteint, comme son père, du virus de la politique qui n’a pu lui attirer que des ennuis, Serge DASSAULT, désormais âgé de quatre vingt huit ans, est le doyen d’âge du Sénat et il fut le maire de Corbeil-Essonne. Le fils de Serge, Olivier, a repris le siège de député de son grand-père dans l’Oise.

Le journal « Marianne » l’ayant intitulé, dans son premier numéro de 1997 … quelle ouverture en fanfare … « l’empereur tricolore de la corruption », il obtint que la Justice décide la saisie de ce numéro (Je regrette de ne pas disposer de ce numéro qui annonçait pourtant ce qui est en route désormais et serait « collector » comme disent les jeunes).

Tout le monde savait que, dans l’Oise dont il fut député de 1958 à 1986, son père arrosait sa circonscription de sa générosité, qui d’ailleurs était réelle contrairement au personnage représenté par HERGÉ. Etait-ce de la corruption ? Etait-ce la reconnaissance d’un homme pour ceux qui l’élisaient ? Que chacun se fasse son idée en se rappelant que les lois actuelles sur le financement des campagnes politiques n’existaient pas.

Dans le cas de Corbeil-Essonne et de Serge DASSAULT, la situation se clarifie, grâce à Serge DASSAULT lui-même, puisqu’il explique dans des enregistrements que Médiapart a publiés qu’il a payé des votes au profit de son successeur à la mairie de Corbeil-Essonne. Pour ce grand pourfendeur de la perte des « valeurs traditionnelles », cette conduite illégale d’un élu de la République est plus qu’un délit ordinaire, c’est un acte de forfaiture.

Mais après ce succinct rappel des faits et du contexte, et en dehors du jeu de mot facile sur le nom des avions qui firent la gloire des avions DASSAULT, qu’est-ce qui explique le titre de ce billet ?

Même si la renommée et la fortune de la famille DASSAULT s’est construite sur une gamme d’engins de mort et que cela ne me fait jamais frétiller de joie, leur succès industriel est incontestable, mais je suis surtout frappé par la dérive du sentiment de puissance de certains hommes qui finissent par croire que tout s’achète dès lors qu’ils ont les moyens de tout acheter.

Ils cèdent à ce mirage de leur toute puissance, alors qu’acheter des voix c’est, bien évidemment réduire la valeur de celles-ci à néant, même si la faiblesse de nos contrôles permet à un individu de s’asseoir dans un fauteuil et d’arborer une écharpe tricolore totalement démonétisée … si l’on peut dire.

Plus dure sera la chute. Même si l’habileté d’une armada d’avocats de haut vol – pour défendre DASSAULT c’est bien le moins qu’on puisse faire – lui évite une condamnation infamante, même si son âge lui permet de mourir avant d’avoir été jugé, il reste le climat de banditisme qui aurait, dit-on, régné à Corbeil-Essonne, allant jusqu’à des tentatives de meurtre avec rafales d'armes à feu contre des personnes impliquées dans ces trafics de voix … et qui devaient probablement trop en savoir.

Séparer le monde des affaires de celui de la politique, ça commence en disant « Plus jamais le Fouquet’s », ça se poursuit par un contrôle strict du patrimoine des élus tout au long de leurs mandats, ça continue en tirant complètement au clair l’affaire CAHUZAC et l’affaire TAPIE … et ça devra comprendre une élucidation intégrale des liens entre le Groupe DASSAULT et le monde politique.

Ouragan, Mystère, Mirage ou Rafale … un avion ça ne peut pas rester en l’air bien longtemps. Il faut atterrir un jour.

C’est pareil pour les scandales politico-financiers

Jean-Paul Bourgès 18 septembre 2013

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