Le prix du mépris

Lorsque Valérie TRIERWEILER avait été sèchement renvoyée, dans un style rappelant le beau film «  Epouses et concubines », et qu’elle avait clamé sa révolte dans son best-seller, « Merci pour ce moment », j’avais fait partie de ceux qui avaient apprécié ce cri de révolte (Mon billet du 4 septembre 2014, totalement à contre-courant, le disait : https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-bourges/blog/040914/vive-les-femmes ).

A l’encontre des femmes … comme c’est si fréquent, ou des hommes … comme ça le devient de plus en plus au fur et à mesure du fait qu’ils ne sont plus considérés que comme des instruments au profit d’autres hommes, le mépris est un comportement inacceptable qui provoque, fréquemment, un sentiment de révolte du méprisé, qui peut même le conduire jusqu’au meurtre.

Combien de conversions au djihadisme de jeunes Français, d’origine maghrébine ou non, sont le résultat d’une prise en considération nouvelle par des recruteurs qui proposent à leurs proies de devenir des héros, là où jusqu’à présent on n’avait vu en eux que des loosers sans intérêt ?

En quittant ce registre dramatique de jeunes conduits à la mort et à répandre autour d’eux la mort, le spectacle pitoyable du changement de Ministre de la Culture vient de nous offrir une lamentable illustration des dégâts que le mépris peut provoquer.

Je l’ai dit par ailleurs, je n’appréciais pas particulièrement Fleur PELLERIN. Mais est-il correct de congédier une Ministre en moins de deux minutes par un coup de téléphone qui lui apprend qu’elle n’est plus rien ?

La réponse est tellement évidente que la balancée, balance à son tour et crache son venin contre celui qui n’a pas eu le courage d’affronter son regard.

Bien sûr on peut considérer cela comme absolument sans importance et uniquement pipolique. On peut aussi se prendre un instant de réflexion en se rappelant la rage de salariés d’Air France apprenant que leur direction prévoit de balancer trois mille d’entre eux, ou les salariés de Continental sur le point d’être jetés chez Pôle Emploi dans un département où le chômage est déjà élevé.

Il est bien que Valérie TRIERWEILER ou Fleur PELLERIN n’aient pas accepté silencieusement d’être traitées comme des quantités négligeables. Il serait surtout souhaitable que ceux qui disposent d’un pouvoir, quelle qu’en soit l’ampleur, se rappellent que rien ne les autorise à transformer une décision qui leur apparaît nécessaire en un crachat envoyé à la face de ceux qui vont être les victimes de leur décision.

Que celui qui méprise ne s’étonne pas, en tout cas, de le payer au prix fort.

J’ai toujours pensé que mépriser était un sentiment méprisable … il devient coûteux.

Jean-Paul BOURGЀS 19 février 2016

 

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