Jour de deuil, de soulagement ou de mémoire ?

Il n’avait que sept ans, tout juste l’âge de raison … à supposer qu’il l’ait jamais atteint !

C’est, bien sûr, de Nicolas SARKOZY que je parle à propos de sa déclaration relative à la cérémonie qui aura lieu, aujourd’hui, pour marquer la date du 19 mars 1962 où entra en vigueur le cessez-le-feu entre l’armée française et l’ALN.

J’étais nettement plus âgé et j’étais en hypo-taupe au lycée HOCHE de Versailles.

Je vivais cette période dans un environnement, qu’avec nuance je qualifierai de complexe. Fils d’un officier né à Alger et élevé à Tanger, qui n’imaginait même pas que l’Algérie puisse ne pas rester française, j’étais entouré, au lycée, d’une majorité de camarades foncièrement de droite et dont certains militaient bruyamment pour l’Algérie Française, voire l’OAS. Mais attaché, depuis déjà plusieurs années, à la cause de la décolonisation, c’est de nos deux camarades tunisiens que je me sentais le plus proche et, avec quelques camarades, nous militions en espérant la fin de cette guerre atroce qui durait depuis plus de sept ans.

Déjà profondément allergique à tout ce qui limite ma liberté de mouvement, comme de pensée, je n’avais pas accepté d’être pensionnaire … ce qui m’imposait une heure trente de transport le matin et autant le soir … mais qui ancra mon habitude quotidienne de m’informer grâce à ces trois heures que je dédiais à la lecture de plusieurs journaux.

Le 18 mars, de retour chez moi, j’avais appris la signature des accords d’Evian … et le repas familial du soir avait été d’autant plus lourd que papa était effondré, tandis que j’avais du mal à ne pas afficher mon immense satisfaction.

Le lendemain matin, à l’arrivée dans le corridor d’accès aux salles des classes prépa, vers 7 h 45, Moncef et Samir attendaient mon arrivée et, pour la première fois, nous nous sommes longuement embrassés en formant un bloc compact au milieu du couloir. Pour nous le cauchemar prenait fin et, avec lui, ce que nous pensions être la fin d’une histoire coloniale que nous repoussions, soit comme colonisés, soit comme colonisateurs. Nous n’avons pas chanté, nous n’avons pas crié, … nous avons juste pleuré ensemble silencieusement … de bonheur, avant d’aller résoudre des équations différentielles.

Et puis le temps s’écoula … cinquante-quatre ans … et certains expriment qu’il est toujours impossible, pour eux, d’évoquer cette date autrement qu’avec la rage et la haine au cœur.

Un tout petit bonhomme, que l’on eut le tort d’élever un jour sur le pavois, profite des cicatrices encore à vif dans la « France de droite » pour se rappeler au bon souvenir de ses affidés qui fondent pourtant comme la banquise. Laissons-le à ses minables calculs politiciens, qui ne marchent même plus.

Pour moi, il reste que la fin de l’aventure coloniale française marque une étape essentielle de la vie de notre pays … même si, au travers de cette affreuse « Françafrique », elle tente encore de survivre pour exploiter à notre profit, par exemple, les réserves d’uranium du Niger.

Mais je sais et je respecte la douleur de tous ceux qui, attachés à l’Algérie et ayant puissamment contribué à son édification, ont dû, en catastrophe, quitter ce pays qui, comme l’Afrique du Sud de Nelson MANDELA et Frederik de KLERK, aurait pu conserver sa population « pied-noir », à condition que les jusqu’auboutistes ne le rendent pas totalement impossible.

Neuf ans plus tard, avec Maly, nous faisions notre voyage de noce en Algérie … c’est vous dire si j’aime ce pays, où mes arrière-grands-parents sont enterrés, que j’ai voulu voir « algérien » !

Jean-Paul BOURGЀS 19 mars 2016

 

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