A chacun son tour de main

Tout homme politique un peu expérimenté a plus d’un tour dans son sac … et, pourtant, le véritable grand artiste est celui qui réussit à se faire élire dès le premier tour sans jamais passer son tour.

C’est ce qui vient d’arriver en Algérie, où Abdelaziz BOUTEFLIKA, sans faire campagne autrement que par l’intermédiaire de divers représentants, a réussi dès le premier tour à être élu pour un quatrième mandat.

Du grand art !

Quand on voit tous ces candidats, de par le vaste monde, qui se démènent sans compter, parcourant chaque village de leur pays, faisant un nombre extraordinaire de discours, serrant des millions de mains, faisant la bise à des millions d’enfants, faisant un nombre incalculable de promesses uniquement destinées à n’engager que ceux qui les auront écoutées et qui, finalement, ne sont élus de justesse qu’au deuxième tour … on ne peut que tomber raide d’admiration devant une élection au premier tour avec 81 % des voix (C’était le score de Jacques CHIRAC mais au second tour de 2002 contre Jean-Marie LE PEN).

Pendant ce temps, au 55 rue du Faubourg Saint Honoré, François HOLLANDE, malgré le fait qu’il venait de devoir se séparer de son conseiller en communication dont Médiapart avait débusqué le passé fort trouble à l’IGASS, se rengorgeait depuis le matin en répétant à ses divers visiteurs, avec cet air blagueur et mystérieux qu’on lui connaît : « Moi j’ai fait mieux ! Bien mieux, même ».

Tout Paris, le regard posé sur les derniers sondages d’opinion qui créditent François HOLLANDE d’une cote de popularité à seize pourcent, s’interrogeait. Notre Président, tel Charles VI prenant un coup de chaud lors de sa traversée de la forêt du Mans, serait-il devenu fou et aurait-il perdu l’esprit ?

Mais notre Président n’avait nullement basculé dans la folie, il était juste plus cynique que les pires politiciens qui l’avaient précédé.

Le soir, récupérant d’une longue journée de travail où Manuel VALLS l’avait une fois de plus crispé avec ses coups de menton et en parlant trop fort, plié de rire auprès de Julie GAYET, sirotant un verre, s’étirant sur le canapé qui accueillerait bientôt ses ébats avec son admiratrice, il lâcha enfin tout content de lui : « Deux tours ?, un tour ? quels exploits ridicules … moi j’ai fait beaucoup mieux … j’ai fait demi-tour en appliquant exactement la politique que, candidat, je dénonçais vigoureusement ! ».

Jean-Paul Bourgès 19 avril 2014

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