Il y aura bientôt cinquante ans, France GALL nous expliqua les grands torts de l’Empereur à la barbe fleurie en nous amenant tous à fredonner : « Qui a eu cette idée folle, un jour d´inventer l´école ? C´est ce sacré Charlemagne. Sacré Charlemagne ! ».
C’est à cette chanson, qu’on s’amusait à seriner l’année de mes vingt ans et alors-même que nous devions poutant tout à l’école, que je me suis mis à repenser, en l'appliquant à ARCHIMÈDE, à propos des rapports de force dans le domaine de l’action politique et sociale.
Mais qu’est-ce qu’il va bien nous chercher aujourd’hui, le Jean-Paul ? Aurait-il fumé la moquette ?
C’est bien à ARCHIMÈDE, qui vivait à Syracuse, participa à l’organisation de la défense de sa ville contre les Romains, et donna la première et extraordinairement précise évaluation du nombre π, que revient la formulation de l’intérêt du levier, qu’il exprima dans cette célèbre phrase : «Donnez-moi un point d'appui, et un levier, je soulèverai le monde ».
Toutes les négociations et de nombreuses actions matérielles, traduisent ce concept extraordinaire du point d’appui et du rapport entre la longueur du levier placé sous ce qu’il convient de lever et la longueur de la partie du levier sur laquelle on agit.
Si, pour lever une charge de 100 kg, on place un levier d’une longueur de 1 m au-delà de son point d’appui, on soulèvera la charge en appliquant seulement un poids de 50 kg au bout d’un bras de levier de 2 m. Comme j'essayais de le faire partager à mes élèves de seconde et première, en 1968 - 1969, que c’est donc facile la Physique !
Certes, certes … mais à condition de ne pas oublier que le point d’appui va, du coup, supporter une force de 150 kg !
Ce qui est vrai en matière mécanique est aussi vrai dans le domaine des rapports humains.
Si, dans leur relation un peu houleuse, papa et maman pèsent chacun de tout leur poids sur leur enfant pour s’équilibrer, l’enfant supportera la somme des deux poids alors que seule la différence des deux poids modifiera le point d’équilibre entre eux. Et plus les parents en rajouteront dans leur joute incessante, plus l’enfant verra cette somme des deux poids doubler son écrasement.
Il en va de même en matière politique et sociale. Dans les épreuves de force entre syndicats et patronat ou entre Etat et collectivités territoriales, c’est toujours le point d’appui, c'est-à-dire le citoyen de base, qui supporte la somme des poids de ceux qui sont de part et d’autre … pour son plus grand bien, évidemment.
Le résultat, et on en voit de mieux en mieux la manifestation, c’est qu’au lieu de rester immobile et passif, le point d’appui exprime, de plus en plus, sa volonté de sortir de son statut de simple point d’appui passif, car il commence à trouver la somme des deux poids intolérable.
Ne cherchons pas plus loin l’exigence de passer d’une démocratie de représentation, où des corps sociaux s’affrontent en s’appuyant sur la masse des citoyens-électeurs, à une démocratie de large et permanente participation où des citoyens (Pas toujours les mêmes et en tenant compte de ce dont il s’agit) donnent leur avis, non par un vote tous les cinq ans, mais au fil de l’eau, sujet par sujet.
Nous ne sommes, ni institutionnellement, ni intellectuellement, préparés à cette notion à la fois plus simple et, en réalité, infiniment plus complexe de vie démocratique. Mais elle s’installe aussi vite que s’est installé internet, aux ressorts desquels elle correspond bien.
Le temps des mandats généraux est fini, la notion de « cumul des mandats », auxquels nos élus ne veulent pas renoncer, en enterre définitivement la signification.
Jean-Paul Bourgès 19 septembre 2013