Cet après-midi je suis passé voir mes amis AMISHANI (Tous les noms et prénoms ont été changés par prudence). Il s’agit d’une famille kosovare composée du père, Tulim 39 ans, sa femme, Elonda 36 ans, et leurs deux garçons, Choti 10 ans et Calar 5 ans.
Si Tulim, médecin, et Elonda, institutrice, ont fui le Kosovo, il y a deux ans et demi, c’est à la suite de menaces extrêmes mettant en cause leur sécurité.
Tulim avait une clinique. Un membre de la mafia lui a ordonné de la lui vendre pour une bouchée de pain. Devant le refus de Tulim, cet intéressant individu lui a tout simplement indiqué qu’il tuerait un de ses enfants, puis l’autre … jusqu’à ce qu’il lui cède sa clinique. Tulim a tenu bon, a mis ses enfants à l’abri en les cachant à la campagne, puis a quitté le Kosovo avec son épouse lorsque son maître-chanteur est devenu le patron de la police de leur ville.
Ils venaient d’arriver à Lyon depuis quelques semaines, demandeurs du droit d'asile, lorsqu'Elonda est tombée malade. On lui a diagnostiqué une leucémie et, depuis, les meilleurs spécialistes de Lyon se battent pour la sauver grâce à des traitements qui sont totalement inconnus au Kosovo. S’ils n’avaient pas quitté le Kosovo en avril 2011, Elonda serait sûrement morte aujourd’hui. Six mois après leur arrivée en France, Tulim et Elonda, firent venir Choti et Calar grâce à un visa français en bonne et due forme. Peu de temps après ils furent déboutés du droit d'asile. Une menace de mort prononcée par un détenteur de l'autorité publique au Kosovo, dont on sait qu'il est contrôlé par les mafias, n'est pas assez dangereuse pour qu'on accorde notre protection ! ! !
Cette famille est devenue mon amie depuis presque deux ans car je m’étais investi, dans le cadre de l’association que je préside, pour les accompagner dans la recherche d’une solution de logement à l’époque où ils étaient hébergés dans deux chambres d’hôtel (L'une servait de chambre pour eux quatre, l'autre servant de cuisine, de salle de séjour et de travail pour les enfants) peu compatibles avec les traitements que, tous les mois, subissait Elonda. C’est une autre association qui leur dénicha une solution de logement, mais nous sommes restés en relation régulière et je suis un peu devenu pour eux une sorte de vieil oncle.
En début d’après-midi, avant de me rendre chez l’une de mes filles à Lyon-Croix Rousse, je suis passé chez eux avec une tarte aux pommes achetée ce matin dans mon village. Mais ça n’était pas la joie habituelle de nos rencontres, qui m’attendait. Tulim et Elonda étaient rivés à leur télévision où, sur BFM-TV, passait en boucle l’intervention de François HOLLANDE s’efforçant de désamorcer la bombe à retardement Léonarda, comme, naguère, il recollait les morceaux lors des explosions internes du PS en courants et sous-tendances.
Après nos embrassades et tandis que Calar me faisait admirer son cahier où ses exercices de grande section de maternelle attestent de sa vivacité, Tulim me tendit un paquet de feuilles à l’entête de notre République. Un texte effarant, allant de « Considérant que … » en « Considérant que … », leur indiquait qu’ils auraient à quitter le sol national d’ici mi-novembre. Comme le dirait notre Président de la République : « C’est la règle … ». Qu’importe qu’il y manque le discernement en ayant manifestement mélangé deux dossiers et en utilisant si mal le traitement de texte que le rédacteur a laissé un autre nom dans un paragraphe, et indique que les troubles « psychiatriques » d’Elonda pouvaient être, sans difficulté, soignés au Kosovo ! Le rédacteur de la décision préfectorale confond leucémie et problème psychiatrique (En fait cela devait concerner le dossier de l'autre personne dont le nom persiste dans un paragraphe ...) mais quelle importance cela a-t-il d'ignorer l'avis du médecin soignant qui indique explicitement que son maintien à Lyon est médicalement indispensable ?, à condition … comme sous l’ère sarkozyste … de faire du chiffre.
Pour faire autre chose que du chiffre, il faudrait du discernement. Et, s'il faisait preuve de discernement, le Président de la République oserait-il proposer à une collégienne de revenir poursuivre sa scolarité en France en maintenant toute sa famille au loin ?
Mais pourquoi a-t-on commis cette dramatique erreur d’installer à l’Elysée quelqu’un qui sait lire les règles pondues par son prédécesseur … sans savoir y introduire cette dose de discernement qui s’appelle l’humain ?
Si Tulim, Elonda, Choti et Calar nous sont arrachés, plus jamais je ne voterai pour un candidat « socialiste ». Je ne suis qu'un vieux bonhomme ... mais la jeunesse de France réagit de la même façon, est-ce vraiment négligeable ?
Jean-Paul Bourgès 19 octobre 2013