… que pour cette infamie ? » se plaignait Don Diègue.
C’est étrange, mais c’est cette phrase qui m’est venue à l’esprit, tout en conduisant hier matin entre chez nous et Lyon où j’écoutais, comme toujours, France–Inter et en particulier les émissions du matin où les événements d’Ukraine occupaient beaucoup l’antenne.
Ce regard dans le rétroviseur est, je le sais, un signe bien concret de vieillissement, mais c’est comme ça.
En écoutant ce qui se passe à Kiev, je me rendais compte que cela me ramenait à l’époque de mon réel éveil à la chose politique, qui correspond à l’année 1956. Elle fut tout d’abord marquée par les tomates reçues par Guy MOLLET à Alger. On sait qu’il abandonna alors la ligne politique sur laquelle il avait été élu en s’enfonçant dans la guerre d’Algérie et dans tout ce qui aboutit à l’horreur que fut « la bataille d’Alger » un an plus tard. A la fin de ce funeste semestre, Gamal Abdel NASSER nationalisa le canal de Suez dans un sursaut de fierté d’une Egypte s’émancipant de la tutelle occidentale. Et, en automne, ce fut le soulèvement de Budapest que l’armée soviétique écrasa dans le sang. Quelques semaines plus tard arrivèrent dans nos classes des enfants hongrois dont les familles avaient fui la reprise en main de leur pays.
Nous sommes cinquante huit ans plus tard et certains des problèmes qui s’exprimaient alors ne sont toujours pas résolus ou se réveillent.
François HOLLANDE n’a pas été bombardé de tomates pourries, mais qui peut douter qu’il ait, au moins autant que Guy MOLLET, tourné le dos aux orientations sur la base desquelles il a été élu ?
Dans la réaction inacceptable des Franco-Anglais à la décision de nationalisation du canal de Suez, acte parfaitement légitime du gouvernement d’un Etat, l’Etat d’Israël avait été associé et la paix n’est toujours pas instaurée au Proche Orient autour de l’existence d’Israël et la création d’un Etat Palestinien. Un nouveau militaire égyptien vient, comme NASSER, de barrer la route aux « Frères musulmans » et on voit bien la nature autoritaire du régime qui est en train de se mettre en place en Egypte … retour à la case départ ?
Ce n’est plus à Budapest, mais à Kiev, que s’exprime l’affrontement de deux pôles qui ne traduisent plus le capitalisme d’un côté et le collectivisme de l’autre, mais bien l’Europe de l’Ouest contre l’Europe de l’Est. Dans l’intervalle, la Hongrie a intégré l’Union Européenne, mais ses dirigeants actuels sont plus proches du Régent HORTHY que de réels démocrates. La tonalité de certains propos, les opinions extrémistes de nombreux leaders des Ukrainiens opposés à Viktor IANOUKOVYTCH, peuvent nous faire craindre une évolution ultérieure, s’ils gagnent l’actuelle partie de bras de fer, fort proche de celle qui s’est produite en Hongrie. La répression est inacceptable, mais la relève éventuelle n’est guère enthousiasmante.
Ce sont ces réflexions qui me venaient alors que je parcourais Lyon et sa périphérie.
L’Histoire n’est elle qu’un éternel recommencement ou le monde est-il étonnamment immobile alors que nous croyons que tout change autour de nous ?
En tout cas les grands emballements me paraissent de plus en plus suspects.
Jean-Paul Bourgès 20 février 2014