Je n’aime pas la macédoine

Je suis plus amateur de produits protéinés ou de lipides, que de végétaux, mais j’aime bien, cependant, pas mal de légumes … comme ces délicieuses endives braisées aux lardons, que Maly réussit si bien.

Il y a quelque-chose que je n’aime vraiment pas : la macédoine de légumes. Ces petits bouts de légumes coupés en dés ne m’ont jamais plu. Pourtant la raison pour laquelle ce type de préparation s’appelle ainsi aurait dû me séduire. A la fin du XIXème siècle, ce nom a été donné au mélange de morceaux de carottes, de petit-pois, de haricots-verts, de navets … parce que cette préparation ressemblait à la mosaïque de couleurs traduisant, sur les cartes de l’époque, le mélange de populations dans cette partie des Balkans.

Un plat de légume rappelant les mélanges de populations, cela devrait donc me plaire … mais il n’en est rien, je n’aime pas la macédoine … sauf si elle est noyée de sauce rémoulade, au point, d’ailleurs, que l’on ne distingue plus guère les différents petits dés de légumes.

Si je vous fais part de ces goûts alimentaires, ça n’est pas vraiment à cause de ce classique plat qui figure à peu près inévitablement sur de nombreux buffets. C’est plutôt en raison de ce qui se passe à la frontière septentrionale de la Grèce où la Macédoine a osé employer son armée pour assiéger, tels des ennemis à combattre, quelques réfugiés comprenant des familles entières, qui, de danger en danger, venaient de réussir à franchir la frontière … non pour s’installer dans le pays, mais en vue de poursuivre leur marche en avant jusqu’à l’Europe du Nord.

C’est pourtant de Macédoine, au quatrième siècle avant notre ère, que Philippe II, puis Alexandre le Grand se lancèrent à l’assaut de la Grèce puis de ce qui est aujourd’hui la Turquie, la Syrie, l’Irak, l’Iran … jusqu’à l’Indus.

Quel contraste entre ces Macédoniens se lançant à la conquête du monde, les armes à la main et ces victimes des conflits actuels, menacés et rançonnés de toutes parts, qui demandent juste le droit de traverser la Macédoine.

 Mais, au-delà de la Macédoine qui ne fait pas partie de l’Union Européenne, c’est toute l’Europe qui me dégoûte en tournant le dos aux valeurs et aux principes démocratiques qu’elle a prétendu avoir hérité des Grecs.

Oser renvoyer en Turquie ceux qui sont parvenus à gagner le continent européen … jamais, probablement, nous n’étions descendus si bas … nous ne méritons que de nous effondrer … ce qui, d’ailleurs, ne saurait plus beaucoup tarder.

Pour finir sur une note moins pessimiste, on peut saluer ces footballeurs grecs des équipes de Larissa et Acharnaikos qui, pour protester contre le sort fait aux réfugiés par l’Union Européenne, s’assirent pendant deux minutes sur la pelouse en gardant le silence, avant le match qui allait les opposer vendredi soir.

Ne devrions-nous pas, tous et partout, ainsi manifester notre indignation en nous asseyant sur les belles pelouses situées dans toutes nos villes ?

Jean-Paul BOURGЀS 20 mars 2016

 

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