Les individus simplistes comme moi, pensent de façon tout à fait primaire qu’il faut remplir des conditions assez strictes pour remporter une élection lorsqu’on est un candidat sortant.
On imagine, par exemple, qu’il faut avoir un bilan susceptible de séduire les électeurs, avec, en particulier, une gestion très saine de l’argent public. Certains esprits stupides imaginent que résister aux tentations, autrement dit ne pas être corrompu, fait partie des conditions strictement impératives.
Un peu plus subtiles, et donc sans grand rapport avec la réalité politique, un esprit démocratique, une incarnation des valeurs de la République, un respect strict de la nature laïque de nos Institutions, pourraient être considérées comme les bases minimales d’une confiance des citoyens, sollicités au travers d’élections loyales.
Voila quelques pistes de réflexion pour tous ces naïfs, encore sûrement nombreux, pour lesquels accéder à des fonctions publiques, du village jusqu’à la présidence de la République, est un honneur et une charge et non un placement supposé rendre vite au centuple l’investissement initial.
S’il y a encore des élus, conformes à ce que mon esprit candide évoque, que ne se lèvent-ils tous, sans référence partisane, pour faire barrage à tous ceux qui rabaissent l’accession à une fonction publique en réduisant celle-ci au stade de position stratégique pour un bandit de grand chemin ?
L’affaire CAHUZAC avait, semble-t-il, provoqué un certain choc. C’était il y a six mois ! Autrement dit une éternité pour les hommes politiques et pour des citoyens ayant un zappette greffée dans la main.
Il s’en est fallu de peu que Jérôme CAHUZAC ait le toupet de se représenter à Villeneuve-sur-Lot, avec probablement la possibilité d’empêcher l’UMP de conquérir un siège de député à la barbe d’un candidat FN. Jérôme BÉDIER, corrompu et condamné à ce titre, reconquit récemment un poste de Conseiller Général … sous les applaudissements de tous ces parangons de vertus républicaines de l’UMP au premier rang desquelles ont put admirer la présence d’Henri GUAINO. L'ancien maire socialiste d'Hénin-Beaumont, Gérard DALONGEVILLE, condamné lundi à quatre ans de prison, dont trois fermes, pour détournements de fonds publics, a déclaré aussitôt qu’il allait faire appel et qu’il serait, par conséquent, candidat aux prochaines élections municipales en mars 2014.
Tout ceci est légal. Mais cette légalité, que la majorité socialiste actuelle du Parlement n’a pas eu le courage de modifier en rendant inélégibles à vie ceux qui ont été condamnés pour un délit fiscal, une corruption, un délit financier, cette légalité là fait le lit des extrêmes et dégoûte de nombreux citoyens qui en viennent à penser que « tous les élus sont pourris ».
Le plus grave dans cette situation ça n’est même pas que le retour ou le maintien dans des fonctions électives ne soient pas interdits à des individus ayant failli, mais c’est que cela ne déclenche pas de rejet massif de la part des électeurs. En acceptant d’être représentés par un individu n’ayant aucune morale, n’expriment-ils pas qu’eux-mêmes n’y accordent aucune importance ?
Penser à ça et en souffrir, me donne, parfois, l’impression d’avoir beaucoup vieilli et de ne plus rien comprendre à nos sociétés modernes où de nombreux Français seraient, semble-t-il, capables de revoter pour Nicolas SARKOZY qui a laissé la France en piteux état, dont un grand nombre de collaborateurs choisis par lui passent un temps significatif dans les bureaux des juges d’instruction, dont les relations avec l’affaire KARCHI, l’affaire BETTENCOURT, l’affaire KADHAFI … méritent, pour le moins, des éclaircissements.
Dans ce contexte, gagner les élections apparaît de moins en moins comme un brevet d’honorabilité.
Pourquoi ne pas choisir, désormais, nos dirigeants par un tirage au sort ? Les pourris et les intègres retrouveraient, au moins, la même chance d’être élus. Athènes avait pratiqué ainsi, ça ne marchait pas si mal.
Jean-Paul Bourgès, le 20 août 2013