Je ne sais pourquoi mais, dans l’actualité du jour, un fait ramena à ma mémoire une anecdote personnelle et culinaire datant d’une bonne trentaine d’années.
L’un de mes beaux-frères avait l’habitude de dire qu’un réfrigérateur est « un apparail servant à jeter quelques jours plus tard, ce qu’on aurait dû jeter le jour même ». Nous vécûmes à peu près cette situation, en Ardèche à « La Chaumette », avec un rôti de bœuf que nous avions complètement oublié au bas du frigo … jusqu’au moment où, par son odeur, il se rappela à notre bon souvenir. Maly l’ayant redécouvert sous je ne sais plus quoi d’autre, le huma de loin et conclut : « Il faut absolument le jeter ». Ayant en horreur le gâchis, ne détestant pas de la contredire, un peu bravache en toutes circonstances … je déclarai : « Laisse-moi faire, je vais faire revenir cette viande ! ».
Je mis alors cette belle pièce de viande, légèrement irrisée de bleu sur toute sa surface, dans une grosse cocotte, je la recouvris très largement de vin rouge à 10° (A l’époque la halle aux vins, située à Bercy, n’était pas le cœur de la Finance Publique, ni une grande Université et les « litres étoilés » comprenaient le produit de base à 10° et le début du luxe à 11°), j’y ajoutai abondamment toutes les poudres épicées dont je pouvais disposer, puis je mis le tout à cuire sur le coin de la cuisinière, en remuant juste une ou deux fois par heure.
Une bonne dizaine d’heures plus tard, ayant accompagné ce plat de pommes de terres bouillies, et d’un vin de qualité sensiblement supérieure au « cru Bercy » qui avait servi à la cuisson, nous nous régalions de ce ragoût qui avait évité de jeter ce morceau que nous avions oublié. Depuis, entre nous, ce plat s'appelle "le bœuf à la Bercy".
Le temps de vous raconter ce souvenir, la raison pour laquelle je vous raconte ça m’est revenue … elle aussi.
Ce qui est vrai pour un morceau de viande, qu’il ne faut pas hésiter à qualifier d’avariée, peut-il s’appliquer à un homme politique totalement avarié, même s’il passa, naguère, par Bercy ?
A en juger aux réactions de tous ceux qui, fort récemment encore, comme Laurent WAUQUIEZ ou Jean-Pierre RAFFARIN, se pinçaient le nez pour ne pas être incommodés par l’odeur pestilentielle se dégageant de Nicolas SARKOZY, la recette de mon « bœuf à la Bercy » est bien connue et ils s’apprêtent à l’utiliser pour refaire du NS un plat tout à fait comestible.
Comme Albert UDERZO et René GOSCINNY ont si bien su l’exprimer dans les aventures d’Astérix, tout épisode se termine toujours chez nous par un gueuleton et des chansons … même si Assurancetourix est empêché de pousser la chansonnette qu’il a composée pour l’occasion.
Nous nous acheminons tout droit vers un épisode de ce type. Faut-il en rire ? faut-il en pleurer ? …
Ce qui est sûr c’est qu’il n’y a pas de quoi en être fiers et je ne vois pas comment on pourrait ne pas imputer cela à François HOLLANDE.
Jean-Paul Bourgès 20 septembre 2014