21 février … date détestée

Les médias marquent en ce jour le centième anniversaire du déclenchement de l’épouvantable bataille de Verdun.

Ayant le sentiment qu’elle était bien près de perdre la guerre, après déjà dix-huit mois d’affrontements meurtriers, la France donna à Verdun tout ce qu’elle put dans une bataille où l’Homme ne fut vu que comme une munition à lancer contre l’adversaire.

A l’issue de cette bataille, où l’offensive allemande se heurta à une résistance qu’elle n’avait pas imaginée, un général atteint par la limite d’âge apparut auréolé du titre de « Le vainqueur de Verdun », dont il fit, un quart de siècle plus tard, un usage dramatiquement négatif.

Eh oui, Verdun c’est une résistance du pays à un effondrement face à l’Allemagne qui, aujourd’hui, nous laisse un goût étrange quand on voit à quel point nous nous alignons sur Berlin, même quand nos intérêts divergent. Mais je préfèrerais largement cet alignement s’il n’était le signe d’un abandon de toute volonté politique face aux dominants économiques.

Si Verdun a bien fabriqué un chef militaire inflexible, il n’y a aucune raison d’admettre que cette bataille puisse rendre plus acceptables les agissements de celui qui la conduisit puis, moins de trente ans plus tard, se comporta en traitre en installant un honteux système de collaboration couvert de ses six étoiles de Maréchal de France.

Mais cette date m’est également toujours lourde à évoquer car, il y a quarante-trois ans, le conflit du Proche-Orient … eh oui, il dure depuis plus d’un demi-siècle … coûta la vie à mon frère Jacques et à la centaine de passagers du Boeing-727 qu’il pilotait de Benghazi au Caire.

Déjà quarante-trois ans !

Les trois fils de Jacques finissent leur vie professionnelle dédiée à l’aviation, l’un de ses petits-fils vole, à son tour, au-dessus de ces mêmes territoires, où moins que jamais la paix ne semble devoir s’installer.

D’autres décès familiaux eurent lieu dans cette période de fin février, et c’est donc devenu pour moi la période de l’année que je déteste le plus.

Pourtant ce milieu de l’hiver, avec un sensible allongement des jours, nous donne l’occasion d’observer depuis Lyon la chaîne des Alpes toute blanche, alors qu’autour de nous les jonquilles, les violettes et de nombreux arbres en fleur nous laissent entrevoir un renouveau peu propice à la mélancolie.

Malgré tout, je déteste le 21 février !

Jean-Paul BOURGЀS 21 février 2016

 

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