La fureur et le calme

Au cours de ce mois d’août, ne disposant que de courts instants de connexion, je n’ai pas pu exprimer, jour après jour, mes réactions à une actualité qui fut, et est encore, d’une rare intensité. Par ailleurs, ces derniers jours, nous avons été plus de vingt à la maison pour les habituelles retrouvailles d’été marquées, cette année, par de bien joyeux anniversaires … ne me laissant que peu de temps.

Du coup j’ai réservé les rares moments de connexion dont je disposais à des échanges avec mon amie Anita qui vit à Tel Aviv (Nous nous connaissons depuis une cinquantaine d’années). Nous avons confronté nos réactions et nos interrogations respectives sur ce qui s’est passé à Gaza et, si nos visions différaient profondément au départ, il me semble que nous sommes plus proches désormais.

Et lundi, avec le dernier carré qui restait, soit encore seize personnes, allant de moins de trois ans jusqu’à soixante dix ans, profitant d’une journée merveilleusement ensoleillée, nous avons tous grimpé jusqu’au sommet du Mézenc pour y pique-niquer … en constatant avec plaisir que le plus jeune grimpait plus facilement que le doyen … la relève est assurée isn’it ?

De ce sommet commun à l’Ardèche et à la Haute-Loire, on voit d’un côté l’Auvergne et tous ses sommets volcaniques jusqu’au Puy de Dôme et, de l’autre côté, toutes les Alpes du Mont Blanc au Massif des Ecrins. Je pense qu’il n’existe aucun autre endroit, en France, d’où l’on puisse voir un tel paysage se déployant sur 360 °. Chacun sait le peu d’estime que j’ai pour Laurent WAUQUIEZ, mais j’ai quand-même en commun avec lui ce plaisir d’admirer ce spectacle appaisant lorsque j’arrive en ce point exceptionnel, dont il a habilement fait « sa roche de Solutré ».

Hier, nous n’étions plus que six à la maison et, pendant une virée à la bibliothèque de Tence de Maly avec l’une de nos filles et deux des petits-enfants, je faisais quelques rangements quand deux cyclistes s’arrêtèrent et me demandèrent où était « la ferme du Bois de Baume ».

Il s’agissait d’un couple d’Anglais de notre âge, parlant fort bien notre langue. L’Anglaise m’expliqua que l’un de ses grand-pères était né dans cette ferme. En me faisant expliquer à quoi correspondait ce nom qui m’était inconnu, je compris qu’il s’agissait d’une vieille ferme qui était encore debout il y a trente cinq ans, « la ferme de Lacou », située au-dessus du château de Baume, mais qui s’était effondrée depuis et dont il ne restait que quelques pierres au milieu des ronces, des fougères et de diverses sortes d’arbres.

Me rendant compte qu’ils ne trouveraient jamais cet endroit s’ils le cherchaient sans mon aide, je leur fis poser leurs vélos dans l’étable, je mis mes bottes, je pris mon panier à champignons, sifflai ma chienne et nous partîmes à travers bois jusqu’à ces ruines où cette Anglaise, née Christine CHABERT (Un nom que portent encore des habitants du village) cherchait ses racines.

Quelle jolie promenade, malgré un ciel un peu menaçant ! Nous crapahutâmes au milieu des bois tout en faisant plus ample connaissance et en nous découvrant beaucoup de points et de goûts communs.

Ce qui reste d'une grosse ferme au milieu des bois © Jean-Paul Bourgès Ce qui reste d'une grosse ferme au milieu des bois © Jean-Paul Bourgès

Lorsque nous fûmes de retour, Maly et les enfants étaient rentrés et nous sommes alors restés un instant autour d’un apéro à poursuivre cet échange si sympathique avant qu’ils ré-enfourchent leurs vélos.

Ce moment fut peut-être le plus caractéristique de cet été passé à « La Chaumette ». D’un côté la fureur d’un monde en folie où la violence se déchaîne sans limites. D’un autre côté le calme d’un cheminement à l’ombre des sapins jusqu’aux traces d’un monde qui n’est plus, mais qu’une de nos contemporaines, venue d’outre-Manche, ne veut pas oublier.

Jean-Paul Bourgès 21 août 2014

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