Il y a bien longtemps, puisqu’elle est morte il y a vingt quatre ans, maman me disait souvent : « C’est dans le domaine de la biologie qu’il y a les choses les plus extraordinaires à découvrir. Si je n’avais pas dû gagner ma vie dès l’âge de dix huit ans en devenant institutrice, c’est la médecine et la biologie que j’aurais aimé étudier ». Chaque fois que je lis des nouvelles scientifiques touchant à ces sujets, je repense à elle et à la curiosité de ce domaine qu’elle garda jusqu’à la fin de sa vie. J’ai eu au téléphone sa petite sœur ce soir. Elle est dans sa cent unième année et son esprit reste bien vif. Elles ont dû avoir une bonne hérédité, espérons que nos enfants et petits-enfants en aient hérité.
Ce qui m’amène à ce propos, c’est une lecture récente mais stupéfiante pour un Lyonnais. C’est, en effet, dans un laboratoire lyonnais que l’on a mis en évidence le lien entre longévité et réduction calorique de l’alimentation. Au pays de Paul BOCUSE (« Monsieur Paul » pour les régionaux de l’étape), chez les amateurs de tablier de sapeur et de cardons à la moelle, oser dire que les régimes basse-calorie sont une voie d’entrée vers l’éternité … c’est plus qu’une insanité, c’est un crime de haute trahison.
C’est, pourtant ce qu’ont démontré les chercheurs de l’équipe d’Hugo AGUILANIU du laboratoire de biologie moléculaire de la cellule de l’ENS-Lyon. Il est vrai que leurs travaux ont porté sur un ver bien particulier, le « Caenorhabditis elegans », chez lequel ils observèrent la fabrication d’une hormone, l’acide dafachronique, dont l’effet est d’allonger la durée de la vie de façon sensible en réponse à une alimentation réduite. Il existe un effet de bord sous la forme d’une réduction de la fertilité des vers en question … mais j’avoue clairement que je m’en tape ! Pour vivre vieux, vivez moins heureux ! C’est un slogan qui n’a pas attendu Hugo AGUILANIU pour servir à tous ces malades de l’ascèse qui ne pensent qu’à souffrir ou tout au moins à ne pas jouir ici des beautés qui nous entourent et des plaisirs qu’il suffit de cueillir, en espérant vivre une béatitude absolue dans l’au-delà.
Soudain je me rappelle le titre de ce billet, dont il faudrait bien, enfin, que je vous entretienne.
Ce soir, lâché comme un taurillon camarguais dans l’arêne, courant en tous sens puis revenant au centre où celui qui devait l’interviewait semblait parfois se demander si cet asticot allait se calmer, on vit un drôle d’individu qui demandait comme une faveur qu’on veuille bien lui accorder deux neurones. Totalement privé de neurones, il se contenta, d’ailleurs, de demander qu’on veuille bien lui en prêter deux.
Le pauvre … évidemment il ne peut pas comprendre qu’entre deux neurones et deux seulement, il ne peut y avoir qu’une connexion. Même un ver sur-alimenté et donc sur le chemin d’une rapide dégénéresence neuronale le sait. Avec deux neurones on ne crée pas une pensée.
En l’observant, nous nous en étions rendu compte depuis bien longtemps.
Mais attention, même si le ver à deux neurones ne pense pas, il s’agite bien vivement et il est vicieux
Jean-Paul Bourgès 21 septembre 2014