Mes souvenirs politiques de vie parisienne remontent fort loin, aux élections municipales de 1971 puis de 1977, deux ans avant que je devienne Lyonnais.
En 1977 un grand gaillard aux grandes jambes et aux dents longues parcourait les marchés parisiens, en serrant toutes les mains qu’il pouvait agripper pour transmettre à tout un chacun la volonté qu’il avait de représenter la Capitale, que dis-je ? d’être, à lui seul, « la Capitale ».
Je le revois encore, au pied de l’immeuble où nous habitions, rue Lebon, ingurgitant avec voracité le morceau de Cantal que lui proposait la patronne de la boutique qui vendait de si merveilleux produits du Massif Central, puis allant plus loin serrer d’autres mains et avaler les spécialités d’autres régions de France.
Bien évidemment vous l’avez reconnu, c’est de Jacques CHIRAC que je viens de parler.
Il domina la vie parisienne, l’écrasa, l’inféoda, la viola en ne reculant devant aucune magouille pour en faire sa chose et, pour tout dire, son paillasson au point que, de nombreuses années après avoir cessé d’en être le maire puis avoir été pendant dix ans le locataire de l’Elysée, il fut condamné par le tribunal correctionnel pour « détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêts ».
Et nous sommes presque vingt ans plus tard, comme aurait dit Alexandre DUMAS.
Pour la première fois de son histoire et pour la première fois de l’histoire de France, c’est entre trois dames que va se jouer le combat à l’issue duquel Paris se dotera, pour six ans, d’un nouveau maire.
D’un côté, Anne HIDALGO, celle qui fut la première adjointe du maire socialiste sortant. Une travailleuse, aux convictions fortes … a-t-elle le charisme nécessaire pour être maire de la Capitale ? Pourquoi pas ?
En face la caricature de l’ambition de ceux et celles pour lesquels, seule compte leur « petite personne », oh pardon leur immense personne. NKM, puisque c’est de celle qui était encore, en février 2013, maire de Longjumeau dont il s’agit. Cette jeune-femme n’hésita pas, récemment, à se décrire elle-même, comme « une tueuse ». C’est de son propre camp que vient la définition suivante « Elle manque totalement d’empathie ». Si elle l’emportait … ça promettrait !
La troisième dame est, depuis de nombreuses années, l’égérie de François BAŸROU, Marielle de SARNEZ. Ombre, âme damnée ou sœur protectrice de son leader béarnais avec lequel elle n’a que deux mois d’écart, elle bataille au centre depuis toujours en la rejouant éternellement comme Philippe le Hardi à la bataille de Poitiers, disant à son père, le roi Jean le Bon, « Père gardez-vous à gauche, … père gardez-vous à droite ». Les épousailles de François BAŸROU avec Jean-Louis BORLOO, rendues possibles par l’existence du « mariage pour tous », risquent de la priver de ce rôle central.
Le casting complet devrait comporter d’autres dames pour représenter le Front de Gauche avec Danielle SIMONNET, si le rapprochement entre le PC et le PS ne rebat pas les cartes, ou peut-être les Verts avec Cécile DUFLOT.
De même que l’équipe féminine de football de France est une des plus belles équipes au niveau international, il est tout à fait réjouissant de voir la politique parisienne échapper aux vieilles barbes qui, jusque là, en réservaient l’exclusivité à la gent masculine.
Mais ne soyons pas naïfs, cela ne signifie nullement que le combat politique sera d’un meilleur niveau. Les femmes ne sont pas mieux que les hommes … mais elles ne sont pas pires non plus.
En tout cas celles qui seront battues ne pourront pas dire "C'est parce que j'étais une femme !".
Jean-Paul Bourgès 21 novembre 2013