Ils fuyaient et ils arrivèrent aussi par la mer

Jeudi prochain, quatrième jeudi de novembre, les Américains célébreront « Thanksgiving day ». Il y a trois-cent-quatre-vingt-quinze ans une poignée d’hommes, de femmes, d’enfants s’étaient embarqués sur un rafiot de vingt-sept mètres, le Mayflower, et avaient quitté Plymouth et les persécutions religieuses dont ils étaient victimes de la part de Jacques 1er.

Gravue ancienne représentant le Mayflower Gravue ancienne représentant le Mayflower

Au moment d’arriver enfin en Amérique, et pour calmer des dissensions apparaissant entre eux, ils avaient rédigé puis signé un pacte définissant les règles de vie auxquelles ils s’engageaient. Ce pacte fut signé le 21 novembre 1620, à bord du Mayflower. Le relire aujourd’hui laisse rêveur : « Ayant entrepris, pour la gloire de Dieu, pour la propagation de la foi chrétienne, et l’honneur de notre roi et de notre pays, un voyage pour implanter la Première Colonie dans les régions septentrionales de Virginie, par la présente, nous convenons solennellement ensemble, devant Dieu et devant chacun d'entre nous, de nous constituer en un corps politique civil, pour notre administration et sauvegarde et par delà, aux fins susdites ; et en vertu de cela de nous conformer, de décider et de concevoir à l'occasion des lois, ordonnances, actes, décrets et obligations, aussi justes et équitables qu'il semblera à propos et convenable d'adopter pour le bien public de la Colonie, et auxquelles nous promettons toute la soumission et l'obéissance requises »

Tout d’abord apparaît l’origine religieuse qui conduit des hommes à fuir ceux qui prétendent les empêcher de vivre conformément à leurs convictions. Dans ce XXIéme siècle qu’André MALRAUX nous avait annoncé marqué par les religions, nous voyons de nouveau des hommes, beaucoup plus nombreux, quitter leurs pays où des fanatiques leur interdisent la pratique libre de leurs convictions.

Ensuite la volonté de coloniser sans s’interroger plus avant sur l’existence ou non d’autres hommes là où ils allaient s’installer … et l’on sait la suite.

Enfin la décision d’instaurer en Amérique un « Etat de droit » démocratique puisque l’ensemble des passagers étaient appelés à participer à sa vie civique représentée par « un corps politique civil ».

Ce que le pacte du Mayflower ne disait pas, c’était la volonté d’exploiter ensuite le monde entier en pliant de nombreux pays au « bien public de la Colonie, et auxquelles nous promettons toute la soumission et l'obéissance requises ». Mais ça, c’est la guerre contre l’Irak, c’est le blocus de Cuba depuis l’arrivée au pouvoir de CASTRO, c’est le coup d’Etat contre Salvador ALLENDE … et c’est l’actuelle « négociation » de TAFTA.

Entre les intentions affichées par les aventuriers à la recherche d’un monde meilleur et la réalité qui en découle sur les générations ultérieures, il y a bien souvent un grand écart … dans un mauvais sens.

Les Néandertaliens ne l’apprirent-ils pas, eux aussi, lorsque des hommes, que nous avons appelés « plus évolués » se répandirent sur leurs territoires ?

Jean-Paul BOURGÈS 21 novembre 2015

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