L’homéopathie au service de Médiapart

Je rentre chez moi ce vendredi 26, à un peu plus de 19 h et j'apprends alors ce qui s'est passé aujourd'hui.

J'ai d'abord eu envie de fermer désormais ce billet aux commentaires et de ne rien écrire ce soir. Et puis je revenais d'avoir fait travailler un jeune Bangladais, chassé de son pays parce qu'il est hindou en pays très majoritairement musulman et donc sans avenir là-bas.

Alors je vais poursuivre ici, car rien de ce qui exclut les décisions inexpliquées ne doit être considéré comme négligeable.

Dans une réponse, fort courtoise, à l’un de mes commentaires, Edwy PLENEL m’invitait, début juin, à laisser ses deux journalistes en charge du Club, Sabrina KASSA et Bruno DOGUET, disposer du temps nécessaire pour se faire connaître et il concluait par : «Merci de votre compréhension ». Pour ceux qui ne lisent pas tous les billets des uns et des autres avec une grande régularité, cet échange découlait d’une forte montée d’adrénaline d’un certain nombre de membres du Club, dont j’étais, à la suite de coupures étranges nous ayant fait douter du sens du mot « modération ».

N’ayant pour habitude, ni de « monter aux rideaux trop vite » (Mon poids me rend cet exercice difficile), ni de manquer de suite dans les idées, il m’était apparu que laisser passer le solstice d’été serait bien adapté à ce brutal « coup de chaud ». Pour commencer j’avais écrit par la messagerie privée aux deux journalistes, qui m’ont d’ailleurs répondu. Sans révéler nos échanges, il s’agissait bien d’un petit début de dialogue, fort éloigné d’un état d’esprit d’invective qui n’est pas dans ma nature.

Ceux qui me connaissent savent, par ailleurs, que m’enrégimenter dans un groupe ou me soumettre à un gourou est un exercice voué à l’échec et c’est donc avec mon habituelle indépendance d’esprit qu’une fois de plus je reprends la plume au sujet de la liberté d’expression dans le cadre du Club-Médiapart.

Mais, avant d’aller plus loin, je veux faire des remarques secondaires. Jouer un rôle de « modérateur a posteriori », comme Sabrina KASSA et Bruno DOGUET, est un exercice très difficile et il suppose une petite dose d’empathie entre les contributeurs (Blogueurs ou commentateurs) et la rédaction. Même si nous sommes dans le virtuel, il reste important de se raccrocher à l’image de celui qui s’exprime afin de conserver un aspect humain aux échanges. Il est donc difficilement admissible que ceux qui, éventuellement, dépublieront un billet ou un commentaire soient des abstractions intégrales. Or, si Sabrina KASSA a désormais un visage et qu’elle a fourni des liens relatifs à son expérience journalistique qui permettent de comprendre un tout petit peu qui elle est, Bruno DOGUET reste une pure abstraction qui nous a donné des leçons un peu pédantes de ce qu’est « Avoir l’esprit Club » mais sans nous montrer son visage, son parcours ou ce qu’il a publié d’autre … cela peut nous conduire à penser qu’il utilise avec plus de dextérité les ciseaux que le stylo (Ou, tout au moins, le clavier).

Ceci étant rappelé - sans acrimonie particulière mais afin d’éviter la langue de bois - il serait temps que nous entamions, non pas une discussion théorique comme « Un clavier bien tempéré » ou autres réflexions trop intellectuelles pour moi, mais un examen concret de la façon dont on veille à l’application de la charte dans une transparence suffisante pour être à l’abri des risques de comportements arbitraires ou supposés tels.

Bien sûr on peut continuer comme aujourd’hui et un très grand-nombre de blogueurs ou de simples lecteurs des blogs, s’en satisfont parce que, tant qu’ils n’ont pas eu une ligne dépubliée surtout s’ils ne publient rien et ne commentent jamais non plus, ils sont totalement indifférents à cette question tant qu'elle ne concerne que les autres. En ce qui me concerne, je suis à peu près exempt de coupures imposées (Après plus de mille billets et plus de dix-mille commentaires) et en me manifestant à ce propos je ne défends donc nullement ma liberté d’expression personnelle. Enfin il est tout à fait évident, fort heureusement, que les textes dépubliés par les journalistes chargés de gérer « la modération a posteriori » sont très peu nombreux. Si ce qui guide nos actes n’est qu’une réflexion marketing … tout va bien et « circulez y a rien à voir ».

Mais, si l’on pense que tout ne se réduit pas à un chiffre d’affaire et à des courbes de progression des ventes, alors l’organisation d’un vrai dialogue est indispensable pour que nous puissions oublier le texte sous forme de « préchi-précha » de Bruno DOGUET.

Ce journal a un patron, Edwy PLENEL. C’est à lui de donner l’impulsion nécessaire … faute de quoi, Médiapart ne sera qu’un « hébergeur » à dix euros par mois, soumis aux lois du marché, qui saura susciter un concurrent plus sexy et moins cher. Les qualités de ce journal et de son équipe de journaliste sont trop évidentes pour qu’on se résigne à un comportement aussi contraire à une ligne politique fondée sur la vérité et le courage. Edwy PLENEL ne faites pas la sourde oreille ! Une dose homéopathique de dialogue sur les modalités de la « modération » pourrait éviter certaines maladies à Médiapart.

Jean-Paul BOURGÈS 23 juin 2015

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