Depuis quelques jours c’est à peu près la même chose tous les jours. Un beau soleil le matin, une température de rêve vers l’heure du déjeuner, puis un temps lourd … et, vers le soir, le ciel se couvre, le tonnerre gronde (Ma maison est située en un lieu dénommé « le tan » … c'est-à-dire, en langue d’oc, « le tonnerre », parce qu’au sommet de la combe, où elle est située, le tonnerre est particulièrement impressionnant).
Avant que tombe l’orage habituel de fin de journée, j’ai fait ma petite virée, habituelle elle aussi, dans les bois et j’en ai rapporté de quoi me régaler de girolles et de golmottes … en déplorant ma solitude pour apprécier ce mets de roi (Ma femme, qui adore les girolles, ne me rejoint que dans une semaine … je vais essayer de lui en conserver au frais). Ma chienne a bien crapahuté … elle est même partie si longtemps loin de moi que j’ai l’impression qu’elle a dû poursuivre, en vain, un chevreuil ou un lièvre. Mon chat, plus raisonnable, ne s’était guère éloigné de moi.
C’est un peu fatigué de mon parcours forestier que je suis rentré à la maison, où j’ai alors lu divers articles rapportant ce qui vient de se passer à Trappes.
Quittant à regret le bonheur simple, que mes propos précédents vous racontaient, je me suis interrogé sur la signification de toutes ces violences.
Je dis « toutes ces violences », et non « cette violence », car on ne peut pas ignorer le fait que la violence des uns, éventuellement juste du regard ou du ton, entraîne la violence des autres … dans une fuite en avant qui me désespère (Savons-nous qui est le détonateur ? et qui est le déconnateur ?).
Ne croyant en aucun Dieu, je suis assez peu favorable à toutes les manifestations extérieures, par les vêtements par exemple, d’une appartenance religieuse. S’agissant du « voile islamique », et particulièrement dans sa forme extrême du « voile intégral », j’y suis plutôt hostile, d’autant qu’il est évident que l’Islam n’impose pas cette pratique qui n’aboutit qu’à exclure les femmes de la société et marque un refus d’appartenance à notre République laïque. Par ailleurs il y a une loi … il faut l’appliquer, même si on doute de ses intentions et de son efficacité, sans jamais tomber, cependant, dans la provocation ou la violence, surtout en plein mois du ramadan.
Rendu à ce point des réflexions nuancées que ces événements m’inspirent, outre une grande tristesse en pensant à tous ceux qui subissent ces violences, du côté des habitants de Trappes, comme du côté des policiers en poste dans cette commune, je me demande si les voiles qui cachent nos pensées ne sont pas bien pires que ceux qui cachent le visage de certaines femmes.
Ne voulant pas être dénonciateur, je ne veux pas énoncer, ici, à quelles attitudes ni à quelles positions politiques je pense pourtant précisément en disant cela … chacun trouvera bien, hélas, de quoi garnir ce vide. Qu’il ne remarque pas que le voile qui cache l’autre, mais qu’il ôte aussi celui qui le cachait.
Mais ce que je sais c’est que « le ciel se voile le soir … et le tonnerre gronde » … et pas seulement autour de chez moi, sur le Plateau Vivaro-Vellave. On ne pourra pas éternellement passer « à la trappe » l’absence de sincérité qui marque notre vie politique.
Acceptons-nous, réellement, le fait d’être désormais une société multi-culturelle et multi-cultuelle ?
Reconnaissons-nous la même valeur à toutes les cultures qui font ce que nous sommes devenus ?
Combien d’entre nous aiment déguster un couscous, mais refusent de penser avec le même plaisir à l’endroit d’où il nous vient et par qui il est presque devenu un « plat national » ?
Gourmand comme je le suis, j’aime la quiche lorraine, que maman avait appris à si bien faire chez ma grand-mère, à Champigneulles … mais aussi le couscous ou la pastilla que Bélaïd cuisine à merveille, comme il a appris à le faire à Essaouira chez sa mère, et qui a enchanté tant de nos fêtes familiales.
J’ai hâte d’avoir ici, mon épouse, Maly, nos filles, leurs compagnons, nos petits-enfants … qui représentent bien cette diversité, que nous avons faite … et qui nous reconstruit chaque jour, sans rien voiler.
Jean-Paul Bourgès, le 23 juillet 2013