Le procès de BO XILAÏ vient de commencer devant la Cour de Jinan.
J’ignore bien sûr totalement si les faits qui lui sont reprochés sont tous exacts, et si ceux qui l’ont traduit devant ce tribunal ne sont pas, eux-mêmes, coupables d’actes similaires ou pires.
Mon propos, aujourd’hui, n’est pas d’aborder cette affaire par cet angle de vue, mais juste de réfléchir aux voies qu’emprunte la montée au pouvoir et son éventuelle dégringolade.
Quel étrange parcours que cette ascension de BO XILAÏ !
Fils d’un compagnon de MAO, BO XILAÏ rejoignit les « Gardes Rouges » l’année qui suivit la destitution de son père, BO YIBO, par ces mêmes « Gardes Rouges » qui le traînèrent de lieu en lieu comme traître. Simultanément sa mère fut torturée à mort par ces mêmes charmants jeunes-gens entièrement dévoués à MAO.
Son passage par les « Gardes Rouges » ne fut pas un long fleuve tranquille, puisqu’il passa un certain temps en camp dans des conditions atroces.
Il survécut à ces épreuves, et durant ce temps MAO mourut en 1976, ce qui se traduisit par la réhabilitation de son père qui devint alors vice-Premier Ministre. Passé par des études de journalisme, BO XILAÏ, fut bombardé maire de Dalian, il y a vingt ans et grimpa les échelons jusqu’à devenir Ministre du commerce et grand manitou de l’énorme ville de Chongqing.
Certains suggèrent maintenant qu’il y a longtemps qu’il était corrompu et que sa nomination à Chongqing était motivée, entre autre, par l’envie de l’écarter de Pékin où sa soif d’accession au sommet éveillait la méfiance de nombre de concurrents.
Une sombre histoire familiale de style « Dallas au bord du Yangtsé », où un intermédiaire financier douteux est mort empoisonné, démarra la chute du « Rastignac rouge » avec comme première étape la condamnation à mort de son épouse.
Quand on sait que l’ancien Premier Ministre chinois, WEN JIABAO, aurait constitué une petite fortune de un à deux milliards de dollars qui ne peut avoir été acquise que par la corruption mais qu’il quitta le pouvoir sans encombre, on peut se demander si la corruption et ses abus de pouvoir sont vraiment la cause de la dégringolade brutale de BO XILAÏ …
Son ambition sans limite, largement forgée dans le parcours sans pitié rappelé ci-dessus, n’a-t-elle pas plutôt été arrêtée par ceux-là mêmes qui, il y a encore peu de temps, n’étaient guère avares de louanges pour celui plutôt qui avait été désigné comme « l’homme de l’année » en 2009 ?
En Chine, comme ailleurs, être adulé par ceux qui ont les mêmes ambitions n’est-elle pas la façon la plus sûre d’approcher de la roche tarpéienne ?
Au même moment, une vieille gloire américaine plus que centenaire, Kodak, qui avait dominé longtemps le monde industriel de la photographie, finit de tomber de son piédestal parce que cette entreprise phare du capitalisme américain n’a pas été capable de gérer l’arrivée de la photo-numérique.
Se pensant inexpugnable, elle n’avait porté qu’une attention distraite aux évolutions technologiques et avait plus distribué des dividendes à ses actionnaires qu’investi dans l’innovation. Elle vient d’être déclarée en faillite et elle a sollicité sa mise sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites. Dans ce cadre, le juge des faillites de Manhattan a décidé le 20 août de ne laisser subsister qu’une part minime de « l’empire Kodak » correspondant à la production de pellicules pour l’industrie cinématographique.
Deux mondes, deux chutes, sensiblement simultanées, qui sont peut-être représentatives de deux façons d’être soumis au fameux « struggle for life ». Mais, des deux côtés de l’océan Pacifique, c’est autour de l’argent que tournent ces retournements … de fortune de ceux qui ont trop cru que rien ne pouvait leur arriver tellement ils étaient puissants et craints.
Jean-Paul Bourgès 23 août 2013