A la suite de mon billet d’hier qui évoque cette phalange fossile qui rebat les cartes de nos certitudes paléontologiques, mon ami et grand frère Gilbert posait un commentaire dont j’extrais la partie suivante : « … l'obscurité sur nos origines s'accompagne d'une obscurité encore plus obscure sur ce que nous sommes ».
Quittant le terrain de la science ou celui de la philosophie, c’est sur moi-même que j’ai fait porter l’interrogation qui sert de titre à ce billet. Cela permet-il de lever l’obscurité sur ce que je suis ? Peut-être, comme il est tout à fait possible que cela passe, bien involontairement, à côté d’explications plus profondes, mais je crois comprendre pourquoi je ne suis pas … certaines choses.
Et, tout d’abord, pourquoi le doute m’est-il plus familier que la certitude ? Elevé dans un milieu où les sciences, les « sciences exactes » bien sûr, étaient un peu la valeur suprême résumée par la devise de Polytechnique, « Pour la Patrie, les sciences et la gloire », ayant fait des études d’ingénieur, il est vrai abâtardies intellectuellement par du Droit et un passage par Sciences-Po, j’avais tout pour m’asseoir pour la vie sur un socle de connaissances intangibles, d’autant que, devenu informaticien alors que le mot entrait juste dans le langage courant, j’avais tout pour adhérer aux raisonnements binaires du blanc et du noir. Pourtant les multiples nuances du gris me sont toujours apparues bien plus intéressantes, ce qui troublait, parfois, les équipes d’informaticiens que j’ai longtemps animées.
Par mon milieu, j’avais tout pour me couler dans un moule de bon Chrétien, je dis bien « Chrétien » et non Catholique ou Protestant car, ayant une mère catholique et un père protestant, j’aurais bien pu basculer d’un côté ou de l’autre … alors qu’adolescent je me retrouvai ni l’un ni l’autre et avec l’absence complète de foi religieuse. Il faut savoir qu’à l’époque où mes parents se marièrent, en 1930, l’église catholique était d’un sectarisme inouï, peu différent de celui qu’on reproche aujourd’hui aux Salafistes. Si la jeune-femme tenait à se marier à l’église, les consentements ne pouvaient être recueillis qu’à la sacristie et le jeune-homme devait s’engager à ne jamais parler de religion à ses éventuels enfants qui devraient être éduqués dans le catholicisme.. Papa en fut si profondément blessé que, tout en respectant sa parole, il créait une ambiance électrique chaque dimanche … qui me fit durablement détester ce jour et m’éloigner de toute foi, puisque celles-ci amenaient la guerre là où régnait autrement la paix. C’est pour cette raison que, si je n’ai aucune foi, je ne supporte pas le sectarisme religieux … mais que je n’aime pas plus l’athéisme militant qui, pour moi, n’est que le négatif de l’autre.
Alors, méfiant à l’égard du côté trop sûr d’elles des « sciences exactes » qui coulent des vérités dans le bronze … en attendant que d’autres montrent que ce qu’on croyait savoir n’est qu’une apparence ou une approximation ; sans foi religieuse mais tolérant envers toutes les convictions religieuses … dès lors qu’elle nous laissent libres de ne pas croire ; j’ai du mal à me positionner sur le plan politique autrement que par quelques rejets viscéraux complétés par des positions tenant compte du déroulement des événements. Le premier rejet viscéral c’est à l’égard de toutes les doctrines et pratiques qui abaissent l’Homme, au premier rang desquelles se trouve la haine des autres et particulièrement le racisme. C’est bien pour cela que le FN est pour moi le mal absolu. Mon deuxième rejet profond est celui qui crée une échelle de valeurs fondée sur la richesse et qui rend grâce chaque jour au Veau d’Or. Je vis bien, quoique sans excès, et je n’en ai pas honte mais je n’en ai, non plus, aucune fierté particulière … et ça je le dois à l’éducation reçue dans mon enfance, où les choses matérielles étaient plutôt méprisées. Fondamentalement je crois en la stricte égalité des êtres humains entre eux et dans le besoin de s’aider mutuellement, ce qu’on appelle la solidarité. Et c’est tout ceci qui fait de moi un homme de gauche, mais d'abord un ennemi du sectarisme … que celui-ci provienne d’hommes de droite ou d’hommes de gauche.
Voila pourquoi je ne suis pas de droite, pas croyant, pas fanatique … mais juste humaniste.
Jean-Paul Bourgès 24 septembre 2014