On tue les traditions agricoles à Marseille

Lorsque j’ai habité à Marseille, il y a vingt-cinq ans, j’aimais beaucoup descendre à pied La Canebière, jusqu’au Vieux Port où, le dimanche matin, j’allais acheter des poissons pêchés dans la nuit à peu de distance de la ville. A cette époque j’avais encore de l’odorat et les senteurs qui se mêlaient faisaient partie du régal visuel, que complétaient, peuchère, les cris des vendeurs, tous plus bruyants les uns que les autres pour vanter leurs prises nocturnes encore frétillantes.

La Canebière et le Vieux Port  ... il y a déjà longtemps La Canebière et le Vieux Port ... il y a déjà longtemps

En descendant La Canebière, il m’est souvent arrivé de penser à l’origine du nom de cette voie à la célébrité mondiale. Canebière vient de cannabis, car on y cultivait, autrefois, le chanvre avec lequel se tressaient les cordages des bateaux (En allant vers l’église Saint Victor, au sud du Vieux Port, on monte d’ailleurs par le boulevard de la Corderie). Le chanteur ALIBERT illustra ce quartier dans une chanson que tout Marseillais connaît : https://www.youtube.com/watch?v=ioEJySlZ1ZI

Quelle ne fut donc pas ma surprise en lisant qu’il vient d’être mis un coup d’arrêt à une pourtant fort belle initiative agricole d’un agent de service d’un collège marseillais.

Plutôt que d’acheter du H à de petits dealers, dont on sait qu’ils sont sous la coupe du grand banditisme, ce brave garçon de trente-cinq ans avait reconverti un local inutilisé, dont il était le seul … avec la Principale du collège … à posséder la clef. Perpétuant la tradition de La Canebière, il y avait installé une plantation de cannabis, modeste mais parfaitement bien équipée.

La Principale, voulant partir en vacance avec l’esprit libre, fit une inspection fouillée de tout son établissement, ouvrant la porte de chaque recoin … et elle tomba à la renverse en découvrant cette petite plantation. Une rapide enquête amena jusqu’à l’agent technique puisqu’il était le seul à détenir la deuxième clef. Il passa aussitôt aux aveux, en précisant que ce cannabis était strictement à son usage personnel.

Je sais que « la Loi, c’est la Loi », mais j’ai quelques regrets qu’on ait mis fin à cette exploitation.

Je trouve tout d’abord dommage que l’on bride l’initiative créative … et je suis certain qu’Emmanuel MACRON doit partager ce point de vue.

A l’époque où l’on développe, parfois inconsidérément, les « Partenariats Public / Privé », n’était-ce pas un bel exemple à promouvoir car, si on le lui avait demandé gentiment, je suis sûr qu’il aurait accepté de payer une redevance correspondant au loyer du placard … allégeant, ainsi, le budget du collège et donc du département.

Enfin et surtout, pour une fois qu’une plantation est intégralement bio … n’est-ce pas désolant d’envoyer un mauvais signal aux paysans qui s’efforcent de maintenir une tradition de qualité ?

Jean-Paul BOURGÈS 23 octobre 2015

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