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Billet de blog 24 mai 2012

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Que nous disent "les marchés"

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Les marchés sont-ils absurdes … ou lucides ?

« Les marchés », cette abstraction qui, comme « le monde de la finance » dont ils sont le terrain de jeu, n’ont pas de visage ainsi que l’a dit François HOLLANDE au Bourget, « les marchés » donc, ne sont dotés d’aucune capacité de raisonnement mais ils synthétisent une multitude de comportements, souvent fort moutonniers. Se poser la question de savoir s’ils sont absurdes ou lucides n’a donc guère de sens.

Et, pourtant quand on voit l’Allemagne emprunter sans avoir à payer pour cela (A 0,07 %, on peut parler de gratuité absolue) en se préparant à rendre dans deux ans au prêteur une somme qui, du fait de l’inflation, aura perdu plus de 4% de sa valeur … on serait tenté de penser que « les marchés » sont totalement absurdes. En fait, plutôt que de tout perdre en prêtant à un pays susceptible de se retrouver en faillite, les souscripteurs aux émissions de refinancement des Etats préfèrent limiter la casse et se précipitent tous ensemble pour prêter à l’Allemagne … jusqu’à admettre de ne pas toucher d’intérêt du tout.

Ce comportement des « marchés » ou, bien sûr plutôt des opérateurs sur les marchés, est malheureusement l’expression brutale et lucide du point final de cette forme d’Union Européenne que nous avons laissé s’enliser dans une impasse.

Le débat sur les eurobonds (Mutualisation des dettes de l’ensemble des pays européens) n’est pas un débat technique sur la façon de relancer la croissance et, de ce point de vue, Angela MERKEL a raison de faire la différence entre besoin de croissance et création de ces eurobonds. Le débat est fondamentalement politique, c’est celui de savoir si nous voyons l’Europe comme un ensemble solidaire ou comme la juxtaposition de nations vivant chacune son destin.

Les égoïstes, les timides, les peureux n’ont jamais voulu avancer rapidement vers le fédéralisme européen. Honte aux politiques qui se sont laissé expliquer par cette abstraction que sont  « les marchés » que la seule option possible est fédérale.

Cessons d’avoir peur des mots et sautons le pas. Nous ne serons l’Europe que le jour où le sort d’un rentier vieillissant de Hambourg ne pourra plus être dissocié de celui d’un petit employé du Pirée. Nous n’avons plus d’autre décision possible que d’aller vers le fédéralisme rapidement.

La crise nous oblige enfin à cette prise de décision … et « les marchés » nous expriment brutalement que c’est notre immobilisme politique qui pourrait amener la Grèce jusqu’à l’impossibilité de se redresser tandis qu’il pourrait conduire l’Allemagne à une fuite en avant folle. Pourquoi, en effet, l’Allemagne pouvant emprunter sans que cela lui coûte, ne se laisserait-elle pas aller à en abuser ?

Jean-Paul Bourgès 24 mai 2012

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