L’un de mes oncles, muni d’un robuste accent toulousain et d’un non moins solide humour au deuxième degré, parlait ainsi de lui-même dans les années cinquante. Ceux qui, eux, manquaient d’humour étaient facilement outrés de voir le degré de contentement de sa petite personne qu’affichait ce Monsieur déjà bien vieux. Ils n’entendaient probablement pas l’éclat de rire tonitruant par lequel il concluait cette parodique auto-célébration.
Peut-on espérer que c’est par l’effet d’une similaire ironie sur elle-même, qu’une jeune-femme a récemment exprimé à quel point elle est contente de son personnage et de son rôle éminent. Espérons aussi qu'elle n'est pas, à ce point, convaincue de son importance et de son caractère d’élément vital pour notre vie politique ? Si elle n'a fait qu'une grosse blague de potache, elle mériterait alors le premier prix de l’humour politique 2013 en ayant réussi à faire prendre au sérieux ce qui n’était qu’un canular. Je proposerais même que l’on crée un prix nouveau qu’on pourrait appeler le « Poisson d’avril politique » et qu’elle soit choisie en tant que présidente à vie du jury chargé d’attribuer cette haute récompense.
Mais vous vous demandez encore, peut-être, de qui je veux parler. A cette interrogation que vous semblez considérer comme légitime, j’ai envie de vous répondre que votre ignorance ne peut avoir comme excuse que de ne pas être au niveau de celle dont je vous parle depuis un instant.
Pour garder les troupeaux de brebis de la voracité des loups dans les Hautes-Alpes, il faut des Hauts-Bergers, ainsi qu’en est persuadée Madame Karine BERGER qui nous a surtout administré la preuve de son incommensurable sottise en « roulant les mécaniques » lors de l’interview qu’elle a accordé au journal « La Provence ». Pensez donc, qu’elle a osé dire « J'ai le sentiment surtout d'être extraordinairement influente dans l'équilibre croissance - austérité. Ma voix a fortement porté et le Président de la République l'a entendue ».
Comment peut-on être aussi enflée que la grenouille de la fable, à seulement quarante ans et après une seule année de mandat parlementaire ?
Pour quitter le ton moqueur de ce billet, ce qui m’impressionne dans le comportement de cette bizute, c’est la distance avec ses concitoyens que cela dénote.
Lorsque je vois arriver de nouveaux visages au Parlement, lorsque de vieilles barbes sont remplacées par de jeunes-femmes, je me sens tout joyeux en espérant qu’un peu d’air frais va souffler et que l’on va rénover un discours politique pesant d’hommes politiques ayant, depuis longtemps, perdu le contact avec Monsieur tout le monde.
Quelle déception de voir que la première circonscription des Hautes-Alpes vient d’élire une députée qui risque d’être « un vieux député tout bouffi de lui-même pendant quarante ans » !
La vieillesse commence parfois bien jeune !
Jean-Paul Bourgès 24 juin 2013