Ah ! quand la Chine s’éveillera … qu’il disait
Marqué par la lecture du fameux livre d’Alain PEYREFITTE, et convaincu de longue date que la plus sûre façon d’éviter la guerre, c’est de rendre les économies dépendantes les unes des autres au point de créer des solidarités objectives supérieures aux oppositions idéologiques et aux illusions de domination brutale, j’avais souhaité que mes filles apprennent la langue chinoise. Il y a vingt sept ans, alors que nous étions encore dans une confrontation agressive entre le monde occidental et les deux géants communistes de l’URSS et de la Chine, j’avais dit à ma fille aînée lors de son passage en quatrième : « Je pense qu’il y a deux hypothèses. Dans la première le siècle ne se finira pas sans une guerre nucléaire avec la Chine … et, alors, inutile de parler d’avenir. Selon la seconde, la Chine sera devenue le premier partenaire économique de nos pays. Dans ce cas il sera essentiel de connaître leur langue car c’est en connaissant une langue qu’on comprend le mode de pensée de ceux qui la parlent et il faut comprendre ses principaux partenaires. Choisis-tu de faire du Latin ou du Chinois ? ». Sa réponse avait été aussi nette que brève : « Ça va, papa, j’ai bien compris, j’apprendrai le Chinois » et ainsi fut fait.
Ma fille aînée, puis sa cadette, étudia donc le Chinois avec une jeune-fille Chinoise qui était, par ailleurs, son professeur de piano.
Pourquoi évoquer cela si longtemps plus tard (Ma fille fêtera ses quarante ans dans quelques jours) ?
La cause est la lecture d’un petit encart dans le journal où il est indiqué qu’en 2011 chaque Chinois a émis à peu près autant de CO2 qu’un Européen, c'est-à-dire un peu plus de sept tonnes. Il y a vingt sept ans, qui imaginait que la Chine serait, un quart de siècle plus tard, la deuxième puissance économique avec son corollaire de podium de la pollution ?
Cela m’inspire plusieurs réflexions.
La première, comment imaginer que, pour un individu pesant environ soixante dix kilos, il y ait le rejet dans l’atmosphère de l’ordre de cent fois son poids en gaz carbonique chaque année, soit environ un tiers de son poids chaque jour ? Il est vrai qu’on apprend aussi dans cet encart qu’un Américain en rejette deux fois et demi plus … dans la course au suicide collectif les Américains gardent encore une sérieuse longueur d’avance sur nous.
La seconde c’est que, plus que jamais, le sauvetage de la planète ne peut résulter que d’une action collective car avec 11 % du total des rejets de CO2 pour l’Europe contre 29 % pour la Chine, rien de sérieux ne peut être obtenu sans un réel effort mondial … ce qui suppose des relations pacifiées entre nos pays. La paix entre les Hommes est la première condition de la survie de la planète toute entière.
La troisième, sur un ton plus badin, c’est que j’avais envie de dire « Ils ne manquent pas d’air ces Chinois à prétendre nous rattraper ainsi … », et je me suis rendu compte que, justement, ils allaient vite, comme nous, manquer d’air et j’abandonne bien vite ce registre narquois.
Jean-Paul Bourgès 22 juillet 2012